03/08/2025
Ce qui me tient debout
(Poème sur mon Ikigaï)
Je me suis souvent demandé
ce qui me faisait tenir.
Dans les nuits sans sommeil,
dans les silences trop lourds,
dans les absences qui crient
plus fort que les adieux.
J’ai tout perdu, parfois.
L’amour.
La santé.
La confiance.
Même la foi que demain aurait un goût différent.
Et pourtant je suis là.
Pas seulement vivant.
Présent.
Têtu.
En marche vers quelque chose de plus grand.
Ce n’est pas un miracle.
Ce n’est pas non plus de la chance.
C’est une voix intérieure,
basse,
sourde,
persistante,
qui me dit chaque jour :
"Tu as quelque chose à offrir."
C’est mon Ikigaï.
Ce n’est pas une ambition dorée,
ni un grand rêve hollywoodien.
C’est plus humble,
plus enraciné.
C’est un feu discret qui éclaire sans brûler.
C’est la farine entre mes doigts,
la chaleur du four,
le pain que je façonne et que je partage.
C’est ce métier que j’ai fait mien,
où mes mains racontent
ce que mon cœur parfois n’ose plus dire.
C’est aussi cette envie de transmettre,
de réformer,
de comprendre.
Ce besoin d’aligner ce que je suis
avec ce que je fais.
De réparer ce qui coince dans les structures,
dans les équipes,
dans les hommes.
C’est cette capacité à voir les choses
quand d’autres les ignorent.
À sentir ce qui cloche
avant que tout n’éclate.
À proposer mieux,
même si c’est plus difficile.
C’est mon amour pour les gens,
malgré leurs angles coupants.
Ma tendresse intacte,
même après les trahisons.
Mon besoin viscéral
de laisser les choses
plus belles que je les ai trouvées.
C’est mon passé
que je ne renie pas.
Mes failles,
mes tempêtes,
mes excès.
Ils sont devenus
mon expertise émotionnelle,
mon socle d’humanité.
C’est aussi cette voix,
presque f***e,
qui me pousse à écrire.
À transformer l’invisible
en mots.
À redonner forme au chaos
en poèmes,
en images,
en gestes.
Et parfois…
parfois, c’est juste le fait de savoir
qu’il y a quelque part,
quelqu’un,
qui lira.
Qui comprendra.
Qui sera touché.
Et que cela aura suffi à justifier ma journée.
Mon Ikigaï,
c’est ça.
Ce fil rouge
qui relie mes contradictions,
mes excès de cœur,
mes intuitions trop fortes,
mes nuits sans fin,
mes matins qui doutent,
mes gestes fatigués
et ma rage de construire quand même.
C’est ce que je suis
quand je ne joue plus de rôle.
Quand je n’ai plus besoin d’expliquer.
Quand je crée.
Quand j’aide.
Quand j’aime.
Quand j’ose.
Quand je recommence.
Encore.