Le Nouveau Souffleur

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Le retour critique de Laura Lalande sur "Coming out artistique", jusqu'au 26 mars 2025 au Théâtre ClavelLustres clinquan...
15/03/2025

Le retour critique de Laura Lalande sur "Coming out artistique", jusqu'au 26 mars 2025 au Théâtre Clavel

Lustres clinquants d’un autre temps, éclairages rasants, sièges inclinés comme s’il était un terrain escarpé sur lequel tenir bon, nous voilà immergés dans l’ambiance unique du théâtre Clavel, Paris 19. En cette soirée d’un mars frisquet, nos présences réunies dans la boîte noire se fondent en oreilles attentives aux premiers mots de l’histoire vraie d’Anaïs Saunier, ancienne avocate devenue acrobate. A la scène, au cerceau et au tissu, entre les époques et les espaces : bienvenue dans ce seule en scène, terre de défi et de résilience.

*
Jeune femme mue par l’idée d’aider le monde et les autres, soutenue par une détermination à toute épreuve, mais également vulnérable et parfois influençable, Anaïs pense trouver sa place en devenant avocate. Rapidement, l’ambiance du cabinet parisien, injuste et maltraitante , la fait déchanter. S’en suit une quête de sens. Comme un chemin initiatique vers soi, avec pour guide, quelques questions.

Où sont nos rêves d’antan? Maintenant que nous sommes devenus « grands », les avons-nous enfouis, ou réalisés ? Et si au coeur de ces idées que nous chérissions enfants, se tenait la précieuse clé de notre bonheur ?

*
Au plateau, peu d’objets. Un tissu aérien bleu océan, une chaise, un costume d’avocat. Une comédienne, et autant de questions auxquelles théâtre et le cirque viennent en réponse. Car il n’est pas question ici de se restreindre, mais bien de mettre en dialogue nos disciplines de prédilection comme autant de parts d’un langage que l’on finit par reconnaître comme « sien ».

Du cabinet d’avocats parisiens au GR20, des repas de famille aux séances de psy, les espaces et les personnages se multiplient, mêlant humour et poésie. A la recherche d’un « soi » authentique. D’une vie vécue de façon aussi unique que chacun l’est. Pour ne pas avoir de regrets.

Métaphore filée tout au long du spectacle, le tissu aérien permet de « prendre de la hauteur » au sens propre du terme, mais également éprouver sa force, sa résistance. Il ouvre un décalage poétique sur certaines questions ou situations. Ici, le fil rouge n’est pas rouge, mais bleu.

De ce seule en scène où la sincérité percute les émotions, où la prouesse technique est de haut vol, l’on repart avec un petit plus au fond de soi : celui d’oser briller, à minima au même niveau que les étoiles allumées au fond des coeurs, ce soir-là.

INFOS PRATIQUES
Au théâtre Clavel les mercredis à 19h30 jusqu’au 26 mars 2025 inclus
Mise en scène et lumière : Laurent Gachet
Assistanat mise en scène et chorégraphie au sol : Alex Gachet
Décor sonore et musique : David Gubitsch
Costume : Edmée Martre
Collaborations :
dramaturgie - Sarah Zaher
chorégraphies aériennes - Florence Delahaye & Jenny Tufts
chant - Laure Zaehringer
Crédit photo : Victor Sainte-Luce

Ils sont six au plateau, interprétant tour à tour différents personnages de la vie fascinante de la charismatique Frida ...
26/11/2024

Ils sont six au plateau, interprétant tour à tour différents personnages de la vie fascinante de la charismatique Frida Khalo. Si l’accent est mis sur sa vie intime et politique, ce spectacle reste un voyage au texte relativement abouti. L’on y sent un amour vibrant pour cette artiste mexicaine dont la peinture et les célèbres autoportraits traversent les siècles, dont les mots transcendent les réalités, pour celle qui « voyait des horizons, où nous voyons des frontières ».

***

Laura Lalande : 🌟Paola Duniaud, vous avez écrit, mis en scène et êtes au plateau avec "Frida", à quelle époque de votre vie avez-vous rencontré la figure de Frida Khalo ?🌟
Paola Duniaud : Je « connais » Frida depuis toujours avec la même image que la plupart des gens ont de Frida, la femme bohème au mono-sourcil et à la couronne de fleurs. Jusqu’à ce que je fasse un long voyage au Mexique en 2021 : je suis allée visiter la Casa Azul, et ça m’a transcendée. J’ai ressenti une sensation incroyable qui m’a donné envie de tout connaître sur Frida Kahlo. J’ai donc fait un travail de recherches très profond sur cette femme.

🌟Qu'est-ce qui vous a donné envie d'en créer un spectacle? 🌟
PD : Sa vie entière est déjà une oeuvre, je pourrais faire une série de spectacles sur cette femme en la racontant via pleins d’aspects et d’angles différents ! Sa force et sa façon de tout vaincre dans une vie de douleurs et de drames. Ce qui m’a le plus parut évident, c’est son rapport très moderne et sa dé-construction de la vie: l’amour, la politique, ses relations…. Frida est une figure pour les femmes, pour le communisme, pour les bisexuel.le.s, pour les LGBT+, pour la mode et pour les artistes. La résonance est politique, sociale, économique.

🌟De quelle façon le processus d'écriture s'est-il articulé? 🌟
PD : J’ai d’abord regardé le film Frida de Julie Taymor qui m’a beaucoup inspiré pour l’écriture contemporaine, j’ai commencé une première version/brouillon et ensuite, je suis parti une semaine en résidence, enfermée dans une maison au milieu de nulle part. Je me suis largement basée sur sa biographie, le livre d’Hayden Herrera, qui pour moi est le plus détaillée. J’ai regardé différents documentaires, consulté des archives d’historiens, écouté des podcast, lu ses lettres - elle écrivait magistralement bien. Concernant les dialogues, j’ai noté sur un support les vraies phrases qui ont été dites par Frida, Diego, sa famille et ses proches afin d’être au plus près de la vérité. Lors de l’assemblage de tout ça, une bonne partie du travail était faite grâce à ses phrases déjà existantes. J’ai ensuite tout complété en écrivant les répliques autour, les monologues, entre autres. L’écriture de la mise en scène est arrivée dans un second temps.

🌟Puisque l’on parle de mise en scène, quels axes dramaturgiques avez-vous choisi de traiter? 🌟
PD : On traverse sa nécessité de vivre : l’histoire d’une femme libre, forte et indépendante qui se retrouve paradoxalement emprisonnée par son histoire d’amour sa vie avec Diego Rivera.
Son engagement politique pour le communisme, l’explication de ses tableaux les plus forts et son rapport à sa famille et à son pays natal adoré.

🌟Etre ainsi au quotidien avec Frida, de quelle façon cela a-t-il impacté votre vie? 🌟
PD : L’avantage en vivant au quotidien avec Frida, c’est qu’on peut se nourrir de tant de choses ! Il suffit de regarder un tableau d’elle en se rappelant pourquoi elle a peint ça, lire une phrase qu’elle a écrite ou n’importe quel support la concernant et la connexion est immédiate. Nous sommes devenus une grande famille, nous transmettons des choses fortes. Notre mot d’ordre avant/pendant/après c’est « NÉCESSITÉ ». Ce que l’on raconte n’est pas seulement important, c’est nécessaire. Je n’accepterais jamais que cela soit prit à la légère. Nous nous battons tous pour elle avec la même envie et la même passion. Souvent, nous nous disons qu’elle est assise au premier rang, qu’elle nous regarde et qu’on le fait pour elle.

🌟Le mot de la fin qui irait avec « Nécessité » ? 🌟
PD : Passion. Rébellion.

INFOS PRATIQUES
Du 25 Septembre au 30 Novembre 2024 à la Manufacture des Abbesses (75018)
Ecriture, mise en scène : Paõla Duniaud
Distribution : Ana Lorvo ou Lior Aidan , Sacha Vucinic ou Ulysse Mengue, Sabrine Ben Njima ou Camille Vershuere, Thierry Mulot, Daphné Dumons ou Vanille Lehmann, Paõla Duniaud.
Crédit photo : Nicolas Cortes

🌻Jusqu’au 27 juin au théâtre de Belleville 🌻[« La France, Empire s’inscrit dans la série Le théâtre des opérations. Hist...
20/05/2024

🌻Jusqu’au 27 juin au théâtre de Belleville 🌻

[« La France, Empire s’inscrit dans la série Le théâtre des opérations. Histoire de comprendre la manière dont la France s’en-va-en-guerre. »

Avec « La France, Empire », Nicolas Lambert nous livre encore le fruit d’un travail de recherches et d’écritures sur un sujet qui ne pouvait être que la suite logique de la Trilogie Bleu-Blanc-Rouge : « Elf la pompe Afrique », « avenir radieux, une fission française » et « Le maniement des larmes ».

Un pas de côté ou plutôt un pas en arrière pour entendre et comprendre sur quel Empire cette Histoire Française a été bâtie. Une histoire coloniale qui s’infuse dans l’inconscient collectif entre le déni, l’ignorance et la gêne.
Et par exemple, quelle déroute schizophrénique peuvent vivre des gens comme moi ayant fait la moitié de leur scolarité en Algérie où chaque matin avant d’entrer en classe, tu chantes en cœur l’hymne national face au drapeau qui monte. Et tous les matins tu prononces des mots à la mémoire des « tiens », à la mémoire d’un peuple qui s’est soulevé pour se libérer de l’oppresseur « français », colonisateur, violeur, pilleur, voleur…
Et puis, arrivé en France, avant de passer le portail de l’école : « Liberté, égalité, fraternité »… et dans les cours d’Histoire, une autre version, « française ».

Il y’a peut-être entre ces deux mondes, une autre alternative, celle du souvenir éclairé et du mouvement apaisé.
« On ne fabrique pas la paix si on ne nomme pas les guerres.»
C’est ce que Nicolas Lambert tentera de mettre en mots et en lumière.

Sur scène une bouteille de Rhum et des souvenirs…
Au fil des mots, l’ivresse opère et les « Grands » personnages défilent.
Tous le monde y passent, La Marianne sur le divan du psy, De Gaules, Leclerc, Sarkozy, Macron…

Ce qui est toujours aussi incisif et percutant dans le jeu et la narration du spectacle, c’est le fait d’injecter un zeste d’empathie en vers ces personnages pour mieux accoucher de leurs idéologies ou de leurs pensées. Mieux les vêtir pour mieux les déshabiller. Mieux les entendre pour mieux les combattre ? ]

Djallil

✍️ Retours critique de Maellis (accompagnée par Djallil Boumar) sur la performance Art 13. 🍁Mise en scène, écriture et s...
21/03/2024

✍️ Retours critique de Maellis (accompagnée par Djallil Boumar) sur la performance Art 13.
🍁Mise en scène, écriture et scénographie : Phia Ménard
🌳Interprétation et chorégraphie :
Marion Blondeau

🌻 ART 13 nous propose une performance philosophique et fantastique qui interroge notre capacité à franchir les frontières, qu'elles soient physiques, sociales ou psychologiques.🌻

"Art.13" de la Compagnie Non Nova, dirigée par Phia Ménard et interprétée par Marion Blondeau, est une performance théâtrale immersive qui explore les concepts de liberté, de résistance et de dépassement en franchissant les frontières de l'imaginaire.

En s'inspirant de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, notamment de son article 13 sur la liberté de circulation, le spectateur est plongé dans un univers où les frontières deviennent des obstacles, des entraves à la liberté.

On entre dans un univers lisse et épuré où ‘’l'héroïne’’ se retrouve confrontée à un jardin à la française, à des frontières imposées.

La scénographie, conçue par Phia Ménard et son équipe, offre un cadre visuel marquant pour cette exploration des frontières.
À travers un jardin à la française métaphorique, avec des lignes strictes et des sculptures rigides, les décors évoquent à la fois la beauté et la rigueur des limites imposées par la société. La haie entourant la scène représente assez bien ces frontières qui paraissent oppressives et qui limitent l’espace de jeu.

La performance explore un combat pour la liberté de circuler et de résister à cet espace.

Marion Blondeau incarne avec intensité ce chemin avec et contre l’espace en donnant vie à un personnage en quête de dépassement et de révolte.

Elle occupe pleinement l’espace scénique et utilise chaque centimètre avec intention.
Sa maîtrise du langage corporel permet à chaque geste, chaque mouvement d’enrichir sa performance et nourrir le personnage.

Les jeux de lumières et de sons contribuent également à créer une atmosphère immersive, transportant le public dans un univers où la réalité et l'imaginaire se confondent.
Ces effets de lumières évoquent les différentes ambiances du jardin, allant de la lumière naturelle, à l’instar de nuages passant au-dessus de la scène, à des tonalités plus sombres pour refléter les moments de tension.

Ces lumières apportent une certaine temporalité à la performance. La musique et les bruits ambiants, comme les sons de tondeuses, contribuent tout au long de la performance à créer une atmosphère immersive qui renforce l’impact émotionnel de celle-ci. Le son et la lumière ont aussi un impact sur le rythme de la performance qui varie à certains moments, passant de la contemplation à une certaine intensité dramatique.

En conclusion, "Art.13" est bien plus qu'une simple performance théâtrale. C'est une expérience sensorielle et intellectuelle qui nous invite à nous interroger sur les frontières qui limitent notre liberté et notre capacité à imaginer.

TNB, Rennes, le 14/03/2024.

05/03/2024
🌠 Au Théâtre du Soleil - officiel ce dimanche 3 mars avait lieu la dernière représentation de "Notre vie dans l'Art" écr...
05/03/2024

🌠 Au Théâtre du Soleil - officiel ce dimanche 3 mars avait lieu la dernière représentation de "Notre vie dans l'Art" écrite et mise en scène par le dramaturge new-yorkais Richard Nelson avec les interprètes de la troupe !

Le retour critique de ce spectacle par Florent Barbera est à lire ici :

Une nouvelle fois, des interprètes du Théâtre du Soleil sont dirigés par un metteur en scène extérieur. “Kanata – Episode I – La controverse” avait été créé en 2018 par le metteur en scène canadien Robert Lepage. Dans une lettre au public, la légendaire cheffe de troupe Ariane Mnouchkine comparait le Théâtre du Soleil à un “vaisseau amiral”. En le confiant de nouveau à un artiste nord-américain, force est de constater que les déesses et les dieux du Théâtre ont répondu présents.

Lors d’un séjour à New York, Ariane Mnouchkine assiste à une pièce de Richard Nelson au New York Public Theatre qu’elle trouve merveilleuse. A la base, celle-ci est une commande de la Brooklyn Academy of Music (BAM) à New York. La pièce est ensuite traduite par Ariane Mnouchkine elle-même, rompue à cet exercice - ayant traduit le cycle Shakespeare qu’elle a monté entre 1980 et 1994 ("Henri IV", "Richard II" et "La Nuit des rois").

Le cocktail dramatique de Richard Nelson entremêle avec brio l’intime au politique, la grande Histoire à des récits individuels en période de trouble. Le drame démarre avec une lettre de Constantin Sergueïevitch Stanislavski – dit Kostia (interprété par Maurice Durozier) au “camarade” Staline écrite en 1936. Pourtant, c’est treize ans plus tôt, en 1923 donc, que débute la pièce. L’action se déroule lors d’une journée particulière : le vingt-cinquième anniversaire de la création du Théâtre d’Art de Moscou. Durant le spectacle, des fade out indiquent lorsqu’on passe à un autre moment de la journée. L’histoire de ce jour de relâche commence à trois heures du matin et se termine à minuit.

Le titre du spectacle est inspiré d’un livre du grand metteur en scène et théoricien du théâtre Constantin Stanislavski : “Ma vie dans l’art”. Ici employé au pluriel, c’est une vie de troupe que Richard Nelson ambitionne de décrire avec délice. Les personnages sont interprétés par une ribambelle d’actrices et d’acteurs, pour certains bien connus tant ils ont participé à façonner les spectacles du Soleil. Cette troupe est constituée de jeunes et de moins jeunes. Tout comme au Théâtre du Soleil donc. On y retrouve des actrices et des acteurs ayant fait l’histoire de la troupe : Shaghayegh Beheshti, Duccio Bellugi-Vannuccini, Georges Bigot, Hélène Cinque, Maurice Durozier, Nirupama Nityanandan. Et comme au Soleil, il y a aussi de jeunes actrices et de jeunes acteurs : Tomaz Nogueira (qui interprète avec charme le mauvais canard de la troupe), Clémence Fougea (pleine de candeur et de vie), mais aussi Judit Jancso ou encore Augustin Letelier.

Les comédiens et les comédiennes évoluent dans un dispositif bi-frontal, celui de la pièce des "Éphémères" (une création de 2006). C’est une jolie émotion de se retrouver assis sur ces bancs, dans cet espace qui avait vu naître un chef d'œuvre d’humanité et de théâtre. Au centre du plateau se trouve une longue table en bois autour de laquelle les personnages boivent, rient, se disputent, jouent de la musique. L’écriture et la mise en scène renvoient constamment à Tchekhov par sa sensibilité, sa mélancolie, sa luminosité aussi. Dans un mouvement circulaire et fluide, leurs vies d’artistes se mélangent subrepticement avec la vie tout court. Il n’est pas étonnant que cette pièce soit montée dans un lieu comme la Cartoucherie où l’engagement artistique de la troupe se confond avec un théâtre résolument tourné vers le monde, ouvert sur la société et perméable à ses remous, en même temps que rempart aux populismes. Le fait que Richard Nelson l’ait proposée lui-même à Ariane Mnouchkine n’est donc pas anodin !

Difficile pour les néophytes de se rendre compte de ce que représentait une telle tournée dans cette première partie du XXème siècle. Loin de leur pays natal, les comédiens n’en demeurent pas moins ciblés par un pouvoir discrétionnaire qui va jusqu’à censurer des pièces de Tchekhov, considérées comme trop bourgeoises. Ils se trouvent entre deux feux. D’un côté, les acteurs de Stanislavski sont considérés comme capitalistes et de l’autre, aux Etats-Unis d’Amérique, ils peuvent être perçus au contraire comme bolcheviks.

A un moment, la troupe de Stanislavski comprend qu’elle ne sera pas payée pour cette tournée américaine. Pire, elle doit même payer un loyer aux théâtres qui l’accueillent ! Cela les replace dans un contexte historique qui préfigure déjà la Guerre Froide entre deux blocs.

Les interprètes sont formidables de simplicité. Leur jeu cache de légers détails qui permettent d’apprécier tour à tour leur complicité et leur amour : une main posée sur une épaule, les yeux brillants de Clémence Fougea, un rire, un regard d’Hélène Cinque, le sourire de Nirupama Nityanandan. Au fur et à mesure que la pièce avance, on comprend la nécessité vitale que représente le théâtre pour ces personnages qui vivent de manière hors du commun un art lui-même exceptionnel.

A travers “Notre vie dans l’Art”, l’auteur et metteur en scène new-yorkais Richard Nelson monte une pièce lumineuse sur la vie de troupe, véritable mise en abîme politique et artistique du Théâtre d’Art de Moscou au début du XXème siècle.

La pièce se termine comme elle a démarré, en musique. Cette fois, c’est la troupe entière qui chante en chœur. Acte plein de vie, signifiant avec enthousiasme et force qu’elle continue à exister, envers et contre tout, contre tous, malgré les pressions politiques qui l’assaillent. La vie dans l’art, une vie sans commune mesure.

* * *

Pour aller plus loin :

📚 Richard Nelson (trad. Ariane Mnouchkine), "Notre vie dans l'art",
Conversations entre acteurs du Théâtre d’Art de Moscou pendant leur tournée à Chicago, Illinois en 1923, Éditions L'avant-scène théâtre, 2023

🎭 Entretien avec Richard Nelson sur le site du théâtre : https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/a-lire/entretien-avec-richard-nelson-4327

👇 Le retour critique de Laura Lalande sur « Rêves à 360° - Lecture poétique de rêves à dimension métaphysique », vu au T...
29/02/2024

👇 Le retour critique de Laura Lalande sur « Rêves à 360° - Lecture poétique de rêves à dimension métaphysique », vu au Théâtre du Grand Rond à Toulouse (31) dans le cadre du festival « Tapages ».

Elle est seule en scène dans le hall du Théâtre du Grand Rond, assise face public. A sa table, une petite régie. En parallèle, les bruits de la rue nous parviennent par bribes étouffées. En immersion progressive parmi les chants de baleines et autres forêts tropicales, Bérangère Quillard nous invite à un voyage onirique. Une voix de velours aux accents envoûtants, sur des textes ciselés dont la qualité n’est plus à démontrer. Quinze rêves au total, toujours écrits depuis le point de vue du protagoniste de chaque songe, sont partagés au public.

***

Le voyage commence à Toulouse où nous nous trouvons. Une particule de lumière écume les différents quartiers, puis part revisiter certaines villes du passé de sa rêveuse. Bientôt, des questions de grand-père. D’orphelin et d’oiseau. De mémoires transgénérationnelles et de terres européennes. Dans la douceur caractéristique de l’onirique, nous glissons alors à pas feutrés vers d’universels ancêtres Massaï. Nous croisons aussi des âmes tourmentées, coincées dans des peurs profondes. En aucun cas la création n’édulcore l’aspect parfois sombre du rêve, bain quantique d’inconscient collectif. Enfin, nous voyageons d’une planète à l’autre, parfois sous la forme d’un clown céleste, aux confins des métaphysiques questions constituant le sous-titre du spectacle et sa trame.

« Nous sommes faits de l’étoffe dont sont faits les songes, et notre petite vie est entourée de sommeil » disait Shakespeare. Le parti pris du hall du théâtre est d’une vraie pertinence dramaturgique au vu de sa symbolique de passage, lieu intermédiaire. De même la lecture, forme qui traditionnellement préfigure la création d’un projet, met en valeur cet état d’entre-deux, de transition qu’est le rêve.

Au début de certains textes, la comédienne prend un silence pour éclairer son visage sous l’unique lampe de la table. Comme si la lumière avait le potentiel d’ouvrir les passages vers cet autre monde, ou d’effacer sa présence humaine pour laisser le texte et l’invisible exister au premier plan. Chaque rêve s’ouvre comme un contenu sensible et sensoriel, proposant de déchiffrer l’envers du décor, ce décor nommé « présent » dans lequel nous vivons. Les mouvements nécessairement réduits de la comédienne sur la chaise invite le « corps-public » à entrer progressivement, lui aussi, dans un état méditatif. Tel le rêveur qui, immobile, voyage. Entamer un dialogue intérieur avec un rêve n’est pas une posture habituelle pour un spectateur : c’est une posture privilégiée. D’ailleurs, sommes-nous bien spectateurs, ou « témoins », « auditeurs » ?

Au cœur de l’offre toulousaine déjà bien étoffée, le Théâtre du Grand Rond a relevé l’audacieux pari d’une nouvelle naissance en accueillant le Festival « Tapages », au cours duquel nous avons découvert les poétiques et singuliers « Rêves à 360° » de Bérangère Quillard. Un spectacle-planétarium, que l’on aimerait écouter sous un ciel étoilé, dans l’herbe coupée d’une chaude journée d’été, et auquel l’on souhaite une longue tournée.

INFOS PRATIQUES
Tout public dès 15 ans
Textes, mise en scène et interprétation : Bérangère Quillard
A voir le jeudi 14 mars à 18h30 dans le cadre de la semaine du cerveau au lycée Fermat de Toulouse (31)

Allez, roule !L’interview de Sébastien Barat sur "Allez, roule !", par Laura LalandeAprès avoir tenu l’affiche à la comé...
09/02/2024

Allez, roule !

L’interview de Sébastien Barat sur "Allez, roule !", par Laura Lalande

Après avoir tenu l’affiche à la comédie Nation en 2023, « Allez, Roule ! » revient en 2024 au Théo Théâtre. Rencontre avec Sébastien Barat, auteur et interprète de cette petite histoire rencontrant la grande avec tendresse.

***Laura Lalande : « Allez, roule », sans qu’il n’y soit question de poule, voilà un titre qui intrigue!
Sébastien Barat : - Il vient d’une expression de ma grand-mère qui disait « Allez, roule ! » quand elle voulait qu’on la laisse tranquille. Ca voulait dire « Ne reste pas dans mes pattes ! ». A mon tour, j’en ai fait une devise personnelle : « Allez roule », signifie aussi « File, fonce, fais ce que tu aimes, tu as peur mais avance quand même, ne te laisse pas envahir par les doutes. » Aujourd’hui, je le dis moi-même à mes enfants. Aussi, je me suis toujours dit que si j’écrivais une histoire sur mon grand-père, ce serait le titre.

***Un grand-père qui a une histoire particulière, donc…
Sébastien Barat : - En septembre 1939, la Seconde Guerre Mondiale éclate, mon grand-père est chirurgien à l’hôpital de Strasbourg. Il est envoyé en zone libre, dans le sud. Après l’Armistice, il continue à travailler même si c’est très compliqué pour les juifs et les lois anti-juifs proclamées par la France de Vichy. En novembre 1942, il se retrouve à Sète et s’enfuie. Il traverse l’Espagne avec des contrebandiers et se fait attraper. Il va rester neuf mois dans un camp de prisonniers, Miranda dans le nord de l’Espagne. Libéré à l’été 1943, il se retrouve à Casablanca, est transféré à Guelma en Algérie, puis est nommé à l’hôpital militaire de Guelma.

***Ainsi, tu as construit ce spectacle, mêlant fiction et réalité ?
Sébastien Barat : - J’avais dit à mon metteur en scène Thierry Bilisko : « Mon histoire n’a rien d’extraordinaire ». Il m’a répondu « Bien sûr que si, puisque c’est la tienne. Elle est extraordinaire, du point de vue que c’est ton héritage. » Dans le spectacle, il y a environ dix pour cent de fiction, lié aux zones d’ombre sur certains déplacements de mon grand-père. J’ai interviewé ma mère, fait des recherches historiques, puis me suis basé sur des récits et témoignages d’autres évadés. Tout au long du processus de création, cela a été une grande question : est-ce que je respecte à la lettre ce que l’on m’a raconté ? Est-ce que je change les prénoms ? Est-ce que j’adapte ? Finalement, tout est resté dans l’ordre, c’est chronologique. Tout est vrai. Sam Braun, dont je parle beaucoup dans le spectacle, a écrit un livre qui s’appelle « Personne ne m’aurait cru alors je me suis tu ». Il m’a toujours dit au sujet des camps : « Je n’ai pas envie d’écrire une seule belle ligne pour raconter cette m*rde ». Ca m’est resté. Je n’avais pas envie d’enjoliver la réalité.

***Quel a été ton parti-pris ?
Sébastien Barat : - Je ne voulais pas faire du spectaculaire, ni du triste, ni du pathos. Je suis quelqu'un d’assez joyeux, je viens du théâtre d’improvisation, je fais beaucoup de comédie. J’ai grandi avec une famille qui a beaucoup ri, bercé par l’humour juif, d’une certaine manière, et des grandes comédies. Au début de la création, je me suis demandé : « Avec quoi puis-je contrebalancer cette histoire qui pourrait être un peu lourde ? »

***C’est alors que tu as eu l’idée du petit garçon qui grandit au fur et à mesure qu’il raconte ?
Sébastien Barat : - Au fond de moi, je suis resté ce petit garçon de quatre ans qui continue de jouer au chevalier, à la princesse, et aux playmobiles dans sa tête. Je suis devenu comédien pour continuer de jouer. Ce spectacle, il dit : « Rappelez-vous de l’innocence et du plaisir que l’on avait quand on était petit pour raconter des histoires, et comme ça nous faisait oublier un peu tous les tracas du quotidien ».

***En quoi ta famille est-elle proche du spectacle ?
Sébastien Barat : - Mes parents prêtent leur voix dans le spectacle, mes sœurs aussi. Ca fait des années que je les tannais avec un projet « Allez roule », qui n’était d’ailleurs pas forcément un seul en scène au départ, mais un film, puis une bande dessinée, puis une nouvelle. Tout est parti de là. Cette nouvelle a été lue par mes parents, ma famille élargie, et beaucoup d’amis. Plusieurs personnes extérieures m’ont dit « Il faudrait faire quelque chose de cette nouvelle, on aurait envie que tu nous la raconte ». J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours encouragé, qui m’ont donné beaucoup de moyens financiers pour monter ce projet. C’est un projet familial. Je n’aurais jamais fait ce projet sans l’aval de tout le monde.

***Aujourd’hui, comment te sens-tu au plateau ?
Sébastien Barat : - Même si au départ, les souvenirs que j’évoque sont vrais, les images que j’ai aujourd'hui quand je les joue sont déjà transformées. Quand on est sur scène, tout est remâché, faux, retravaillé. Je suis très détaché. A chaque date, le visage de mon grand-père, de ma grand-mère deviennent d’autres individus. Peut-être est-ce une protection mentale inconsciente. Ma mère, qui a vu le spectacle à la création, l’a revu récemment et m’a dit : « C’est incroyable, je ne me rends même plus compte que tu parles de mes parents ». Cela veut dire qu’on a réussi à élargir vraiment, pour que tout le monde s’y retrouve. Que ça parle au plus grand nombre. Je suis content de me dire que la création était familiale, mais que maintenant... le spectacle est collectif".

INFOS PRATIQUES
Tout public dès 12 ans | Au Théo Théâtre (Paris 15) tous les vendredis à 21h30 jusqu’au 26 avril 2024
Ecriture, interprétation : Sébastien Barat
Mise en scène : Thierry Bilisko
Lumières : Matthieu Yakovleff Décor : Christopher Haesmans
Avec la participation vocale de : Anna Barat Deleplanque, Françoise Barat, Daphnée Barat, Pascal Barat et Thierry Bilisko
Crédit photo : Hugo Bachelet

👇 Le retour critique de Florent Barbera sur "An Irish Story" écrit, mis en scène, interprété par Kelly Rivière Théâtre d...
29/01/2024

👇 Le retour critique de Florent Barbera sur "An Irish Story" écrit, mis en scène, interprété par Kelly Rivière Théâtre de Belleville du 3 au 30 janvier.
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Au Théâtre de Belleville, le tour de force théâtral de l’autrice, metteuse en scène et comédienne Kelly Rivière laisse une vive impression. Depuis sa création il y a quatre ans, la magie du seul en scène “An Irish Story” opère toujours.

Lorsqu’on entre dans le hall exigu du Théâtre de Belleville, les coupures de presse accrochées sur un petit pilier de la billetterie forcent l’admiration : “le miracle qu’on espère voir apparaître chaque soir en allant au théâtre” (Télérama) ; une “quête menée de main de maître” (Le Canard Enchaîné) ; “on retourne à l’essence même du théâtre” (France Culture). Le spectacle “An Irish Story” (Une histoire irlandaise) – joué plus de deux cents fois ! – s’est transformé en une success story amplement méritée.

La scénographie inclut peu d’objets mais assez pour figurer l’espace créé avec ingéniosité. Un praticable en bois représente la chambre maternelle aussi bien que la cuisine de cette grand-mère irlandaise habitant dans un HLM londonien. En fond de scène, de multiples photographies sont étendues, linge sale à déballer en famille ?

Passant d’un personnage à un autre avec une aisance déconcertante, les figures que Kelly Rivière interprète sont autant de facettes de sa vie dévoilée sur scène. Son jeu précis est un condensé juste et sincère de théâtre. Elle invoque sa mère, sa grand-mère, son frère, ses grandes tantes.... Pas moins de vingt-cinq personnages !

Jeune fille, Kelly Ruisseau (astucieux double théâtral de Kelly Rivière) joue systématiquement la carte de son grand-père irlandais disparu pour attirer à elle les garçons. Jusqu’à ce que l’un d’entre eux, un dénommé “Fred” (son futur mari et père de son enfant) lui demande comment exactement se sont rencontrés ces grands-parents... Là, c’est le trou noir. Kelly se rend compte qu’elle ne sait fichtre rien de l’histoire familiale. Alors commence une quête sublimée par de nombreux ressorts comiques et émouvants. L’arbre filial révèle une forêt de souvenirs, d’éphémères morceaux de vie amenant le public jusqu’au Royaume de Shakespeare, de James Joyce et de la bonne bière brune.

Retournons à nos moutons sur les terres de la mémoire. Kelly Ruisseau part demander des précisions à sa mère. Personnage délicieux que cette femme croqué sous de traits facétieux : autoritaire, passionnée par les biographies de dictateurs : Kathleen Ruisseau n’est pas du genre à s’épancher. Quel talent de la part de Kelly Rivière qui la joue avec une précision et, on ne peut s’empêcher de le percevoir, beaucoup d’affection. Kathleen, sa mère donc, raconte la fois où elle a posé la même question à sa propre mère. En un clin d'œil, Kelly Rivière se transforme en cette grand-mère tout aussi austère.

Kelly laisse passer le temps car sa mère n’a pas vraiment répondu à sa question. Jusqu’à ce qu’elle remarque un jour les tâches de rousseur de son fils. “C’est drôle la vie”, dit-elle. Elle part fouiller dans la chambre de sa mère et découvre que celle-ci a été conçue avant son mariage avec son grand-père, Peter O’Farrel. Ni une ni deux, elle débarque avec son frère et son fils à Londres pour interroger la matriarche en personne. On apprend que Peter O’Farrel était porté sur l’alcool, que sa grand-mère lui a demandé de partir. Un récit tout aussi comique que touchant. Kelly Rivière n’oublie jamais, par touches impressionnistes, de faire mention du racisme dont ont été victimes les Irlandais arrivant en Angleterre dans les années 70.

Finalement Kelly embarque pour le village natal irlandais avec sa mère. Une réunion mère et fille aux confins d’une Irlande de carte postale. Outre la mise en scène réussie, le succès de “An Irish Story” peut s’expliquer en cela qu’il fait écho en chacun. Est-ce de trouver la personne disparue qui compte ? Ou plutôt parler avec sa famille, se rapprocher des siens, accepter une disparition, composer avec son histoire familiale, essayer de combler les trous, affronter les non-dits. Ici la pénombre s’efface partiellement. Le suc de la pièce réside sans doute dans cette brume évanescente, laissant les accrocs du temps faire place au doux goût du présent.

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"An Irish Story"
Texte, mise en scène et jeu Kelly Rivière
Collaboration artistique Jalie Barcilon, David Jungman, Suzanne Marrot, Sarah Siré
Scénographie Grégoire Faucheux et Anne Vaglio
Costumes Elizabeth Cerqueira
Collaboration artistique à la lumière Anne Vaglio
Régie Générale Frédéric Evrard, Agathe Patonnier et Carole Van Bellegem (en alternance)
Administration de production le petit bureau - Virginie Hammel et Anna Brugnacchi / Diffusion Anne Sophie Lombard / Fabriqué à Belleville
Photos © David Jungman
De 12 € à 27 €. Durée : 1h10. Du 3 décembre 2023 au 30 janvier 2024

Adresse

Paris

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