12/12/2025
Le modèle du CNC est aujourd'hui attaqué en France. Les acteurs du secteur montent au créneau pour défendre, à juste titre, un modèle qui s'autofinance permettant ainsi un accès aux oeuvres pour tous les français.
Le Centre national de la cinématographie est incontournable dans le financement du cinéma en France.
Qu'en est il en Côte d'Ivoire? Comment est financé le cinéma ivoirien?
Je vous explique tout dans mon petit billet sur Droit & Ecrans! N'hésitez pas à liker et surtout à partager pour que l'information soit utile à tous. Je le reformule, et le met à jour au fur et à mesure du temps qui passe.
Je vous remercie. 🥰🥰🥰
🎬 Comment est financé le cinéma en Côte d'Ivoire ? 🎬
(Et pourquoi le modèle doit évoluer)
Lorsqu’on observe les industries cinématographiques solides à travers le monde, une question revient toujours : comment sont-elles financées ?
En Côte d’Ivoire, comme dans la plupart des pays d’Afrique francophone, le financement du cinéma repose encore largement sur l’État. Un modèle fragile, loin de celui qui a fait ses preuves ailleurs — notamment en France avec le CNC.
Voici un décryptage clair.
🇫🇷 1. Le modèle français : un écosystème qui s’autofinance
Contrairement à ce que beaucoup pensent, le CNC (Centre National de la Cinématographie) n’est pas principalement financé par les impôts des Français.
Ses aides proviennent surtout de taxes prélevées dans le secteur audiovisuel lui-même.
🔹 Trois taxes assurent l’essentiel de ses ressources :
1️⃣ La taxe sur les entrées en salles (TSA)
→ 10 % prélevés sur chaque billet de cinéma.
→ Particularité : près de 50 % sur les films pornographiques ou violents.
2️⃣ La taxe sur les services de télévision (TST)
→ Prélevée sur le chiffre d’affaires de toutes les chaînes et répartie comme suite:
📌TST-E : éditeurs
📌TST-D : distributeurs
3️⃣ La taxe sur la vidéo et la VOD (TSV)
→ Sur les ventes de vidéos physiques et les plateformes de streaming/VOD.
📌 Des subventions publiques existent, mais elles représentent une part très marginale. (voir art. L. 114-1 et R.114-1 du Code du cinema et de l'image animée).
➤ Résultat : le CNC a une véritable autonomie financière
Concrètement, ce système permet au CNC d’avoir une souveraineté culturelle, stable et puissant, tout en garantissant une production cinématographique soutenue et diversifiée.
🇨🇮 2. Le modèle ivoirien : un système dépendant du contribuable
En Côte d’Ivoire, nous n’avons pas encore un mécanisme d’autofinancement comparable.
Actuellement :
Les recettes des billets de cinéma sont réparties entre :
- la salle
- et le producteur / le distributeur
Aucune taxe sectorielle dédiée au financement du cinéma n’est prélevée sur le ticket d’entrée. (A ma connaissance). Et cela est forcément un gros manque à gagner.
🔹 Le FONSIC : que dit la loi ?
L’article 16 du décret portant création du FONSIC prévoit que ses ressources proviennent de :
- la dotation de l’État,
- des emprunts de l’État,
- les produits de placements,
- des taxes spécifiques pour la promotion de la culture,
- le remboursement des avances,
- d’autres contributions diverses.
👉 Problèmes :
+> les taxes spécifiques mentionnées ne sont pas clairement identifiées, ni appliquées de façon transparente.
+> La dotation de l'Etat peut fluctuer
+> Les emprunts de l'Etat pour financer des films dont ne sait rien de la rentabilité, questionne.
👉 Conclusion : le FONSIC dépend quasi intégralement du budget de l’État — donc du contribuable ivoirien.
Un modèle similaire est observable au Sénégal avec le FOPICA.
🕰️ 3. Une réflexion vieille de 40 ans… toujours d’actualité
En juin 1984, le Dr Abdoulaye Ouattara soutenait une thèse visionnaire intitulée « L’économie du cinéma ».
Il y proposait déjà :
📍la création d’un Bureau Ivoirien du Cinéma,
📍la mise en place d’une billetterie nationale pour financer le secteur, et surtout une taxe payée par les exploitants de salles
📍Le développement des salles de cinéma
📍une fiscalité adaptée à l’industrie cinématographique.
Il concluait par cette phrase :
👉 « Pour que l’économie du cinéma soit prospère et qu'il participe au développement économique et culturel de la Côte d'Ivoire, il est nécessaire, voire indispensable, de créer le Bureau Ivoirien du Cinéma (BIC). »
40 ans plus t**d :
👉 l’ONAC-CI a été créé sur le modèle du BIC
👉 puis l’ONAC-CI est devenu "Côte d’Ivoire Cinéma",
Cependant, nous n’avons toujours pas une industrie viable et autonomisée.
Oui, il y a eu des avancées : plus de films produits et diffusés, plus d’initiatives de la part du Ministère de la Culture et de la Francophonie, un secteur plus dynamique.
Mais c’est justement pour cela qu’il est urgent d’adapter notre modèle de financement.
📡 4. Des pistes de financement non exploitées
Selon plusieurs sources, la HACA perçoit chaque année des redevances pour les autorisations de diffusion (données à actualiser).
Ces ressources perçues financent la HACA… et c’est tout.
Plusieurs questions se posent :
👉 Pourquoi aucune part de ces redevances n’est affectée au financement du cinéma ?
👉 De même, pourquoi la redevance RTI ne contribue-t-elle pas au FONSIC ?
👉 Comment les chaines de télé participent au financement du cinéma? => Au Sénégal, Canal plus s'acquitte désormais d'une redevance correspondant à environ 9% de son chiffre d'affaires.
Mais cet argent est il injecté, au moins en partie, dans le Fopica? Je continue mes investigations à ce sujet.
👉 Qu'en est-il des exploitants de salles?
Ce sont pourtant des ressources naturelles du secteur audiovisuel.
🎥 5. Pourquoi repenser le financement du cinéma ivoirien ?
Un secteur financé majoritairement par l’État est :
- vulnérable aux fluctuations politiques et budgétaires,
- limité dans sa capacité à produire,
- incapable d’installer une véritable souveraineté culturelle.
Je l'ai dit plus haut, le décret prévoit même que le FONSIC puisse s’appuyer sur des crédits contractés par l’État.
Mais, à nouveau je me demande:
- À quel taux ?
- Comment sont-ils remboursés ? => le FONSIC fonctionne sur un système d'avance sur recette, mais combien de productions remboursent les avances sur recettes accordées?
- Avec quels impacts futurs pour le secteur ?
📌 6. Pour un cinéma ivoirien fort : créer un modèle d’autofinancement progressif
Pour renforcer notre industrie, plusieurs pistes s’imposent :
👉 Créer une taxe sur les billets de cinéma dédiée au FONSIC.
👉 Affecter une part des redevances HACA au financement de la création.
👉 Réorienter une fraction de la redevance RTI vers le cinéma.
👉 Rendre transparentes les taxes spécifiques prévues par le décret.
👉 Structurer un véritable écosystème contributif, comme le CNC.
L’objectif n’est pas de copier la France, mais de s’inspirer d’un modèle éprouvé pour bâtir une autonomie culturelle ivoirienne.
🎬 Conclusion
Le financement du cinéma ivoirien repose aujourd’hui quasi entièrement sur le budget de l’État. Donc si le budget alloué au Ministère de la Culture et de la Francophonie est baissé, alors, le budget du Fonsic peut s'en trouver impacté.
Alors certes, l'Etat a un rôle à jouer pour dynamiser l'industrie, mais il est maintenant important d'avancer progressivement en faisant participer tous les acteurs du secteur, à commencer par les exploitants des salles.
En somme:
Pour bâtir une industrie durable, compétitive et indépendante, il est urgent de :
👉 clarifier, renforcer et diversifier les mécanismes de financement.
Pour que notre cinéma grandisse, il doit enfin commencer à s’autofinancer.
Peace! ✌🏾✌🏾✌🏾
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