11/09/2026
LA BOÎTE DE VITESSES
Je dépose délicatement ma main sur le levier et, tout à coup, je découvre ce qu'il n'est pas normal de découvrir : quelque chose qui bouge. Sur le haut, je peux percevoir la couture qui semble prendre vie, ou avoir l'envie de quitter l'aventure. À cet instant, il m'est impossible de ne pas repenser au jour où j'ai acheté cette voiture pour l'offrir à quelqu'un que je pensais voir rester dans ma vie pour toujours.
Même si c'était une voiture d'occasion, elle avait une apparence excellente : grise, robuste, carrosserie impeccable, puissante. Je ressens encore le bonheur que j'avais éprouvé en pouvant la payer et en offrant les clés en disant : « C'est à toi. Profite. » J'avoue ne pas lui avoir apporté plus d'attention jusqu'à ce que je découvre que, bientôt, elle me quitterait.
Avec le temps et l'usage, en observant ce levier, une évidence s'est imposée à moi : rien ne dure pour toujours. Tout se termine. Tout a une date de péremption. Je regarde cette boîte de vitesses qui s'abîme, et je sais que, bientôt, je devrai trouver une solution : un autre pommeau, le réparer… ou peut-être aller plus loin et changer carrément de voiture. Ce levier m'amène directement à ce jour où je suis rentré à la maison et où je n'ai pu qu'admirer le vide laissé par la personne en qui j'avais le plus confiance au monde…
« Rien ne dure éternellement. »
Presque une phrase cliché. « Rien n'est éternel, alors profitez-en. » Mais c'est quoi, profiter ? Est-ce vivre quand tout va bien, ou continuer à avancer quand on essaie simplement de survivre en faisant exactement ce que les autres attendent de nous ?
Encore petit, je me souviens d'un poète à la télévision qui disait : « Écoute ton cœur. Il te guidera toujours, même dans les moments les plus difficiles. »
J'ai toujours essayé d'être le plus honnête possible envers moi-même. J'ai toujours cherché à écouter mon cœur. Parfois, j'ai eu l'impression qu'il me conduisait dans des endroits étranges. Qu'il me faisait me tromper. Pourtant, quand je regarde tout ce que j'ai vécu, chaque chute, chaque rencontre, chaque blessure, je comprends une chose : ce sont justement ces expériences qui ont fabriqué l'homme que je suis aujourd'hui.
Je ne suis pas une œuvre terminée. Je sais que mon passage sur cette Terre ne sera pas éternel.
Mais je travaille.
Je lutte.
J'espère qu'un jour, les enfants de mes enfants, puis les enfants de leurs enfants, pourront dire avec un sourire : « Tu sais, apparemment, papy était plutôt cool. Clown, acrobate, engagé… c'était un grand artiste et il avait toujours dit que notre cœur nous guiderait vers le bon chemin. »
Peut-être que mon œuvre, elle, continuera d'exister. Peut-être qu'elle touchera encore des gens que je ne rencontrerai jamais. Qui sait ?
De mon côté, je ne peux faire qu'une seule chose : continuer de créer…
Et laisser ma trace.
(Extrait du livre « Chroniques d'un Clown sans le nez rouge » — par RAÚL, Le Clown Brésilien)