01/02/2026
Aujourd’hui , j ai marché au Poulguin tout près de Port Manec’h, à quelques pas seulement de l’atelier.
On y arrive par un sentier étroit, sombre, qui sent l’humus et la terre humide.
Le silence y est dense, presque ancien.
Là, au bord de l’eau, se tient un pin immense. Un vieux géant marqué par les tempêtes.
Ses branches sont brisées mais il ne s’est pas effondré. Elles touchent le sol, comme pour s’y appuyer.
Il ne tient plus droit. Il tient autrement.
Il est encore là.
Un peu plus loin, une pierre apparaît.
Un mégalithe couché, massif, percé de trous.
On passe dessous. Le corps se plie sans qu’on y pense.
Le Poulguin viendrait du breton poul, le passage, l’anse, le trou, et gwin, le vin.
Ici, autrefois, les bateaux entraient dans l’estuaire de l’Aven avant de remonter la rivière.
Le vin arrivait par la mer.
Il passait par là.
Il se comptait.
Il se taxait.
Il changeait de valeur avant d’aller plus loin.
On sait que ce lieu était un seuil, un point de contrôle naturel, là où l’eau se resserre et oblige à ralentir.
Bien avant les routes, c’était la rivière qui commandait les échanges.
Et bien avant les maisons d’aujourd’hui, la pierre était déjà là.
Devant ce mégalithe percé de trous, une question circule encore.
Et si…
Et si ces marques n’étaient pas seulement rituelles.
Et si cette pierre avait servi de mémoire du passage.
Et si l’on avait versé là du vin, ou posé une pièce, comme un droit à payer avant de continuer la route.
Non pas pour la pierre elle-même, mais pour ce qu’elle représentait.
On ne sait pas.
Mais certaines histoires restent parce qu’elles font sens.
Et les pierres, ici, n’expliquent pas. Elles gardent.
Marcher au Poulguin, c’est sentir que tout a servi.
Avant nous. Bien avant.
La pierre.
L’eau.
Le passage.
Le vin.
Le temps.
Ce sont des lieux comme celui-ci qui façonnent les gestes et les mémoires.
Des lieux où l’on attend la marée.
Où l’on accepte de plier le corps.
Où l’on comprend que tout ne demande pas à être compris.
Mes pêcheurs viennent de là.