10/04/2026
UNE INVESTITURE À COUPS DE BILLETS | On ne mobilise plus un peuple, on le loue.
📍 Il est à peine huit heures, le soleil hésite encore, mais au coin de la rue, dans mon quartier, au vu et au su de tous, ça négocie déjà.
On négocie des montants : — « 5.000 pour celles et ceux qui se rendront à l'investiture de notre beau et cher père de la nation ! »
Une belle somme en petite coupure. Et soudain, les regards changent, par nécessité évidemment, mon cher ami. La sueur perle. Les cœurs battent.
Tu crois qu’un ventre vide vote ? Il calcule. Il pèse le pire et le contre. Il finit toujours par accepter ce que les hommes d'en haut lui tendent.
📍 La semaine prochaine, on va remplir les bus, les gradins, les images en même temps.
Et à la télévision, ça donnera l’illusion d’un peuple mobilisé, fier de son papa national. Un peuple qui mange à sa faim, boit à sa soif, et rigole comme un enfant comblé de jouets.
Tu comprends, mon cher ami, qu'on ne mobilise plus, on rémunère à la journée où à la soirée. On ne cherche même plus à convaincre.
📍Que sert-il de convaincre un peuple déjà soumis, un peuple qui tremble de peur et de fatigue ?
Maintenant, au vu et au su de tous, on compense la sueur et la loyauté. On ne construit plus l’adhésion, la respectabilité, la conscience nationale. On loue la présence, le cirage de pompes.
Et dans ce marché silencieux, tout le monde sait, mais personne ne boude. A quoi bon ? Les billets sont tout propres, les mains tremblent moins, mais les consciences négocient en silence.
Tu crois que c'est une question de morale ? Oh que non, mon ami. On parle ici de survie, pas de morale ni de droiture, encore moins de conviction.
📍 Et toi, dis-moi, tu prends les 5.000 flambants ou tu restes chez toi pendant que le monde festoie ?
© Guy Alexandre Sounda | Pensées à trois balles sous un orage de grêle.