26/08/2026
Pourquoi séparer le bon grain de l'ivraie ?
Cette question m'est venue pendant une méditation.
Oui, je sais. Il y en a qui méditent pour faire taire leur mental. Le mien en profite parfois pour me souffler des sujets de publication.
L'ivraie a cette particularité étonnante : lorsqu'elle est jeune, elle ressemble au blé. Ce n'est qu'en grandissant que leurs différences deviennent réellement visibles.
Alors je me suis demandé : dans une vie, savons-nous toujours distinguer le bon grain de l'ivraie ?
Curieuse de nature — et légèrement incapable de laisser une question tranquille lorsqu'elle a eu l'imprudence de se présenter —, je suis allée regarder d'un peu plus près ce que racontait la botanique.
Et l'ivraie n'est effectivement pas une tendre voisine pour le blé. Elle entre en concurrence avec lui et peut même libérer dans son environnement des substances capables de freiner sa croissance.
Affaire classée ? Le bon d'un côté, le mauvais de l'autre ?
Pas tout à fait.
Parce que l'ivraie elle-même peut abriter, au cœur de ses tissus, un minuscule champignon avec lequel elle vit en association. Invisible, celui-ci peut participer aux défenses de la plante et à sa résistance face à certaines conditions difficiles.
Comme si ce que nous avions un peu vite rangé du mauvais côté avait, lui aussi, développé ses propres façons de tenir debout.
La nature semble donc elle-même un peu moins pressée que nous de distribuer les bons et les mauvais points.
Il y a ce que nous accueillons avec joie, ce que nous aurions préféré ne jamais traverser, ce que nous classons volontiers dans la catégorie des erreurs, des échecs, des accidents de parcours.
Et puis les années passent.
Nous regardons derrière nous et découvrons parfois qu'une épreuve a déplacé notre regard, qu'un détour nous a conduits quelque part, qu'une chute nous a obligés à rencontrer une part de nous que nous ignorions.
Non, cela ne transforme pas magiquement l'ivraie en bon grain. Et tout ce qui nous arrive n'a pas à devenir une merveilleuse leçon de vie — il ne faudrait quand même pas exagérer.
Mais faut-il pour autant séparer l'un de l'autre ?
Dans les autobiographies que j'accompagne, je vois combien ce que nous aurions volontiers retranché de notre histoire participe parfois, des années plus t**d, à lui donner sa forme et son sens.
Peut-être qu'une vie ressemble davantage à un champ qu'à un tri sélectif.
Et peut-être qu'avant de jeter l'ivraie, il vaut parfois la peine de regarder ce qui a poussé autour d'elle.
Déposer sur quelques pages blanches les différentes strates de notre histoire permet, avec le recul, d'en apercevoir le paysage tout entier.
Maud Fréour — Biographe privée
Pour écrire avec vous le livre de votre histoire.
www.maudfreour.fr