07/07/2026
Il y a une phrase qui me laisse toujours perplexe.
« Tu pourrais jouer gratuitement.. Comme ça te fait du bien d’en parler. »
Comme si monter sur scène n’était qu’une séance de thérapie.
Comme si transformer une épreuve en œuvre faisait disparaître les mois d'écriture, les répétitions, les doutes, le travail artistique.
Oui, écrire, créer, répéter et jouer La Chauve SouriT au public fait partie de mon chemin de résilience.
Sur scène ma parole est accueillie, les sourires se dévoilent, les rires résonnent et m’apportent beaucoup, la douceur et le silence des larmes me saisissent.
Oui être sur scène me fait du bien mais ce n’en est pas moins un métier.
Un artiste qui parle de son histoire, même s’il monte parfois sur scène pour se réparer, a investi beaucoup de temps, à réécrire, corriger, apprendre, répéter, peaufiner, répéter encore et toujours.
La salle de spectacle comme une caisse de résonnance permet également aux personnes de s’inspirer d’un parcours de résilience, de trouver un écho à leur histoire et de se divertir.
**Je me souviens d'une conversation avec Colette Roumanoff.
Au début de La Chauve SouriT, j'offrais très souvent le spectacle.
Certains insistaient pour ne pas me rémunérer. Parfois même pas le déplacement.
"Après tout, ça doit déjà vous faire du bien d'en parler.."
Colette m'a alors dit une phrase que je n'ai jamais oubliée :
"Caroline, votre spectacle a une valeur. Celle de votre travail et de ce que vous faites vivre aux personnes qui viennent le découvrir. Respectez-le. Respectez-vous."**
Et c'est peut-être là l'un des plus grands malentendus.
Parce qu'on transforme une épreuve en une forme qui nous est utile, certains finissent par croire que cette utilité suffit pour nous faire vivre.
Heureusement, la passion, le sens et la résilience ne sont pas incompatibles avec la reconnaissance du travail. Merci d’ailleurs à tous les organisateurs qui reconnaissent cette valeur.
Alors oui j’offre chaque année le spectacle à des associations qui se lancent et qui souhaitent lever des fonds pour la cause du cancer notamment.
Oui je reverse un pourcentage des recettes de mes actions (show, conférence, ateliers…) à des associations.
Oui j’organise des levées de fonds pour offrir des BD, j’offre des places du spectacle très souvent à des personnes qui ne peuvent pas se les offrir.
Au-delà de la scène je pense aussi à toutes les personnes comme les aidants, les soignants.. dont le métier est porté par une passion, une vocation ou une histoire personnelle.
Comme si le fait d'aider, de soigner, de transmettre, d’émouvoir devait être une rémunération en soi. Comme si, quand ton métier a du sens, tu n'avais pas besoin d'être rémunéré.
Pourtant, derrière ces métiers de l'humain, de l'art ou de la transmission, il y a du travail. Beaucoup de travail.
Alors non.. Je ne vais pas payer les organisateurs, ou le public, pour venir jouer et m’écouter.
Même si, avouons-le, la remarque m'a presque donné l'idée. 😉