20/07/2026
BURGUITARALDIA 2026
« Hoc in ponte greges ovium cesserunt gregibus cithararum. »
Telle est la devise qu’on peut lire, gravée sinon dans la pierre, au moins dans le cœur de tous ceux qui sont venus à Burgui. « Sur ce pont, les troupeaux de moutons ont cédé la place aux troupeaux de guitares. »
On racontait en effet jadis que chaque pierre du pont médiéval qui enjambe la rivière Esca, à Burgui, avait vu passer plus de moutons que d’hommes. C’est que pendant des siècles, c’est à cet endroit-là que traversaient les troupeaux de la vallée du Roncal au moment des transhumances.
Mais les temps ont changé, et les dictons aussi. Plus encore que des hommes, plus encore que des moutons, on raconte désormais qu’aucun pont médiéval nulle part au monde n’a vu passer autant de guitaristes. A croire que les guitares aussi ont leurs propres transhumances, qui les ramènent le temps d’un concert chaque été dans ce splendide écrin de verdure de la vallée du Roncal, en Navarre, guidées par le pâtre Jean-Marie Ecay en personne.
Après trois jours intenses d’une masterclass prodiguée par le maître-berger des lieux et quelques plongeons dans la rivière, le concert de Guitaraldia 2ème édition peut commencer.
DÁNAE RIAÑO
D’où ça vient, la magie de la musique ? Comment arrive-t-il parfois que ça vous tombe sur la tête ? Prédestination divine ? Hasard heureux ? Chaudron d’enfance, façon Obélix ?... Il faudrait d’urgence poser la question à Dánae.
Son premier concert, vraiment ?... Un tel condensé de talent fait pâlir toutes les hyperboles. Rickie Lee Jones, Joni Mitchell, Edie Brickell, on ne sait pas à quel calibre la mesurer. Accompagnée d’un batteur aussi précieux que précis, voix, guitare, elle « est » la musique exactement. Six cordes sous les doigts, deux autres dans la gorge, et c’est plus qu’il ne lui en faut pour faire vibrer l’émotion jusqu’au ramage subtil de ce « Blackbird » des Beatles (Bach et Martin Luther King, croisés par McCartney,) sur lequel les oiseaux de nos âmes décollent grâce à elle.
Bouleversante jusqu’aux lendemains qui chantent encore, du petit-déj aux grillades de l’après-midi, en off : sans hésitation, l’envol d’une (très) grande, que Guitaraldia s’honore d’avoir comptée dans sa programmation.
LEANWOLF
Le cri des loups maigres résonne dans tout le Roncal. Blues, soul, rock… Leanwolf est décoiffant, même avec un chapeau. Et même devant un public familial et de tous les âges, qui se met à frapper le tempo en cadence. Chacun son loup qui hurle dans le ventre. Chacun ses colères, ses douleurs et ses joies. Il n’y a pas d’âge pour ça. Pas d’âge pour ce redoutable power trio qui fait meute à lui seul (guitare, basse, batterie). Pas d’âge pour cette voix de rocailles, qui sait toucher au plus juste quand elle chante en mémoire d’un grand-père par exemple. Pas d’âge non plus pour cette guitare acérée, que la guitare de Jean-Marie finit par rejoindre pour qu’elles se jettent ensemble dans la gu**le d’un dernier blues.