02/09/2026
Chapitre 31 : Obscurité totale
Le monde avait changé.
Depuis plusieurs semaines, quelque chose d'inexplicable s'était installé sur les terres connues.
Le jour existait encore.
La nuit aussi.
Mais plus rien n'était comme avant.
Le soleil apparaissait dans le ciel sous une forme étrange, sombre, presque noire, comme si une immense ombre avait recouvert sa lumière.
La nuit, la lune et les étoiles étaient toujours visibles.
Mais leur éclat semblait plus faible.
Plus froid.
Et surtout...
Le froid s'était installé.
Un froid digne des hivers les plus terribles que les anciens avaient connus.
Les forêts étaient silencieuses.
Les rivières commençaient à geler.
Les vents traversaient les plaines comme des lames.
Et partout, les peuples commençaient à comprendre qu'un phénomène qu'ils ne pouvaient expliquer était en train de toucher le monde entier.
Atlas
Dans les ruines d'Atlas, les survivants de la bataille commençaient doucement à se relever.
Certains soldats marchaient encore difficilement.
D'autres transportaient des pierres, reconstruisaient les murs ou tentaient de remettre en état les bâtiments détruits.
La tristesse était toujours présente.
Les morts étaient nombreux.
Et les visages des survivants portaient encore les traces de la bataille.
Mais une inquiétude nouvelle avait pris le dessus.
Le climat.
Personne ne comprenait ce qui se passait.
Dans la grande salle du royaume, Khïn, Vark, Tumnii, Dorn, Grakhar, Xarkess, Adel Al'Rashim, Lyrielle et plusieurs soldats étaient réunis.
Devant eux se trouvaient des cartes d'Atlas.
Des plans de reconstruction étaient étalés sur une grande table.
Les travaux avaient déjà commencé à l'extérieur.
Des hommes et des femmes reconstruisaient les habitations.
Des soldats renforçaient les murailles.
Des forgerons fabriquaient de nouvelles a***s.
Atlas devait renaître.
Et le peuple avait déjà fait son choix.
Adel Al'Rashim devait devenir l'intendant du royaume.
Il avait accepté cette responsabilité avec fierté.
— Nous devons reconstruire les quartiers nord en priorité, expliqua Adel. Les habitations sont trop proches des anciennes fortifications. Si nous devons défendre Atlas à nouveau, elles deviendront un obstacle.
Khïn acquiesça.
— Fais comme tu le juges nécessaire.
Adel regarda les plans avec détermination.
— Alors nous commencerons demain.
Soudain...
BAM !
Les grandes portes de la salle s'ouvrirent.
Tous les regards se tournèrent vers l'entrée.
Un messager apparut.
Il était couvert de poussière.
Son visage était épuisé.
Il avançait difficilement.
Un morceau de tissu protégeait son visage du froid.
Il s'arrêta devant le conseil.
— J'apporte un message...
Khïn se leva.
— De qui ?
Le messager sortit un parchemin soigneusement attaché.
— Du seigneur Albin.
La pièce devint silencieuse.
Khïn prit le message.
Il brisa le sceau.
Ses yeux parcoururent les premières lignes.
Son expression changea.
Vark le remarqua immédiatement.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
Khïn ne répondit pas.
Il continua de lire.
Puis il posa lentement le parchemin sur la table.
— Ce n'est pas seulement Atlas.
Lyrielle s'approcha.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
Khïn releva les yeux.
— Le phénomène touche toutes les terres.
Le messager prit alors la parole.
— Depuis plusieurs semaines, les journées se sont progressivement dégradées.
Il inspira profondément.
— Au début, les températures étaient simplement plus douces que la normale.
Puis elles ont commencé à descendre.
Encore.
Et encore.
Les journées ensoleillées sont devenues plus courtes.
Les vents se sont renforcés.
Puis le froid est devenu glacial.
Il marqua une pause.
— Et maintenant...
Il hésita.
— Maintenant, le soleil lui-même semble avoir changé.
Personne ne parla.
— La lumière disparaît de plus en plus tôt chaque jour, continua le messager. Et depuis quelques jours...
Il regarda autour de lui.
— Une étrange poussière tombe du ciel.
Dorn fronça les sourcils.
— De la neige ?
— Non.
Le messager secoua la tête.
— Ce sont de minuscules fragments. Une poudre très fine. Elle voltige dans l'air avant de se déposer sur les arbres et les toits.
Vark échangea un regard avec Khïn.
— Vous savez ce que c'est ?
— Non, répondit le messager.
Un silence lourd s'installa.
Xarkess s'approcha de la table.
— Et Norance ?
— Le seigneur Albin demande de l'aide. Il souhaite savoir si Atlas peut envoyer une expédition afin d'observer la situation.
Khïn regarda les autres.
— Nous devons y aller.
Tumnii secoua immédiatement la tête.
— Non.
Tous se tournèrent vers lui.
— Je ne partirai pas.
Khïn le fixa.
— Tumnii...
— J'ai perdu assez de choses.
Sa voix était calme, mais ferme.
— Je resterai ici.
Il se leva.
Avant de quitter la salle, il salua les personnes présentes.
— Bonne chance.
Puis il disparut derrière les portes.
Personne ne le retint.
Lyrielle regarda l'endroit où il venait de partir.
Elle baissa les yeux.
La mort de Kaelor était encore présente dans son esprit.
Mais quelque chose avait changé en elle.
La douleur était toujours là.
Pourtant, elle ne voulait plus rester immobile.
Elle releva la tête.
— J'irai.
Khïn la regarda.
— Tu es sûre ?
— Oui.
Elle serra les poings.
— Kaelor est mort... mais je ne veux pas que sa mort m'empêche de continuer.
Une nouvelle détermination brillait dans ses yeux.
Khïn resta silencieux quelques secondes.
Puis il acquiesça.
— Alors je viens aussi.
Vark se leva à son tour.
— Moi également.
Khïn tourna la tête vers lui.
— Tu n'es pas obligé.
Vark esquissa un léger sourire.
— Je sais.
Il regarda par la fenêtre.
Dehors, la lumière était déjà faible malgré l'heure.
— Mais quelque chose me dit que nous devons découvrir ce qui se passe.
Adel Al'Rashim posa alors ses mains sur la table.
— Je viens.
Vark le regarda.
— Et Atlas ?
— Atlas aura besoin d'un intendant.
Adel sourit.
— Mais un intendant peut parfois quitter son royaume pour quelques jours.
Dorn éclata de rire.
— Alors moi, je viens !
Grakhar leva immédiatement la main.
— Moi aussi.
Dorn lui lança un regard amusé.
— Pourquoi ?
Grakhar haussa les épaules.
— Parce qu'il fait trop chaud ici.
Un silence.
Puis plusieurs soldats éclatèrent de rire.
Même Khïn esquissa un sourire.
L'espace de quelques secondes, la tristesse sembla disparaître.
Mais elle revint rapidement.
Car tous savaient pourquoi ils partaient.
Quelque chose approchait.
Quelque chose qu'ils ne comprenaient pas.
Khïn posa alors son doigt sur la carte.
— Nous partirons vers Norance.
Vark s'approcha.
— Combien d'hommes ?
— Pas une armée.
Khïn regarda chacun des volontaires.
— Une petite expédition. Des guerriers capables de se déplacer rapidement.
Adel acquiesça.
— Et pendant notre absence, Atlas doit continuer sa reconstruction.
— Exactement.
Khïn prit une plume.
Il commença à tracer plusieurs lignes sur la carte.
Une organisation militaire devait être créée.
Des groupes de défense.
Des éclaireurs.
Des patrouilles.
Des réserves d'a***s.
Atlas ne pouvait plus se permettre d'être pris au dépourvu.
La guerre avait changé.
Le monde aussi.
Et désormais, ils devaient se préparer à quelque chose qu'ils ne comprenaient même pas encore.
Pendant ce temps, dehors...
Une fine poussière continuait de tomber du ciel.
Elle recouvrait lentement les ruines d'Atlas.
Personne ne savait d'où elle venait.
Personne ne savait ce qu'elle annonçait.
Mais dans les profondeurs du monde...
Les Ténèbres avaient déjà commencé leur marche.
Et bientôt, Atlas allait comprendre que le froid n'était peut-être que le premier signe de leur retour.
Chapitre 31 : Obscurité totale (suite)
Un silence pesant régnait encore dans la grande salle.
La carte de la région était toujours étendue sur la table, entourée de soldats, de guerriers et de conseillers.
Puis une voix s'éleva derrière eux.
— Attendez...
Tous se retournèrent.
Tumnii se tenait dans l'encadrement de la porte.
Il avait quitté le conseil quelques instants auparavant, mais quelque chose semblait avoir changé dans son regard.
Il s'avança lentement.
— J'ai bien réfléchi.
Khïn le regarda sans dire un mot.
Tumnii posa son regard sur les membres du conseil.
— Je vais venir aussi.
Un sourire apparut immédiatement sur le visage de Khïn.
— Tu es certain ?
Tumnii acquiesça.
— Oui.
Il regarda ses propres soldats.
— Mais mes hommes, eux, retourneront dans les montagnes. Ils doivent protéger les leurs.
Les soldats présents échangèrent des regards.
Puis des sourires se dessinèrent sur plusieurs visages.
Le retour de Tumnii auprès du groupe semblait leur faire du bien.
— Alors nous serons plus nombreux que prévu, dit Vark.
Tumnii sourit légèrement.
— Et peut-être plus chanceux.
Un bruit provenant de l'entrée interrompit la conversation.
TOC ! TOC !
Deux soldats atlassiens apparurent derrière les grandes portes.
Ils s'inclinèrent devant Adel Al'Rashim.
— Seigneur Adel...
— Entrez.
Les deux soldats s'avancèrent.
— Deux hommes demandent à entrer. Ils disent appartenir à un groupe appelé les Hommes de l'Ombre.
Adel regarda Khïn.
Puis il fit un signe de la main.
— Faites-les entrer.
Les soldats s'écartèrent.
Deux silhouettes pénétrèrent dans la grande salle.
Leurs vêtements sombres étaient recouverts de poussière.
Ils portaient des capuches et des a***s légères.
Ils ne semblaient pas être des soldats ordinaires.
Le premier s'avança.
— Votre messager...
Il regarda le parchemin posé sur la table.
— Il a fait tomber la deuxième partie du message.
Un murmure parcourut la salle.
— La deuxième partie ? demanda Vark.
L'homme sortit un morceau de parchemin plié.
— Oui.
Il le tendit à Adel.
Le second homme prit alors la parole.
— Et croyez-moi...
Il marqua une pause.
— Ce qui est écrit ici est bien plus grave que ce que vous venez d'entendre.
Adel déplia le parchemin.
Ses yeux parcoururent les premières lignes.
Son visage se figea.
— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Khïn.
Adel ne répondit pas immédiatement.
Il passa le parchemin à Khïn.
Khïn lut.
Puis Vark se rapprocha.
— Lis à voix haute.
Khïn inspira profondément.
— Le seigneur Albin fait mention de morts-vivants.
La salle entière sembla se refroidir.
— Des morts-vivants ?
Lyrielle s'approcha.
— Où ?
Khïn continua.
— Ils seraient sortis de la Cité Blanche.
Personne ne parla.
Même Dorn et Grakhar cessèrent de plaisanter.
La Cité Blanche...
Son nom était connu de tous.
Une cité ancienne.
Un lieu dont les histoires étaient déjà suffisamment inquiétantes sans qu'on y ajoute des morts revenus à la vie.
Le premier Homme de l'Ombre reprit la parole.
— Ce n'est pas tout.
Tous les regards se tournèrent vers lui.
— Une créature est sortie de la forêt d'Arkontte.
Vark fronça les sourcils.
— Quelle créature ?
— Nous ne savons pas.
— Vous l'avez vue ?
— Seulement quelques secondes.
L'homme secoua la tête.
— Mais ceux qui l'ont aperçue affirment qu'elle n'était ni humaine, ni orc, ni une bête connue.
Un nouveau silence.
Le second Homme de l'Ombre s'avança.
— Et il y a quelques jours, nous avons reçu ceci par corbeau.
Il sortit un petit morceau de papier.
— Un dragon a traversé les mers du Nord.
Cette fois, plus personne ne bougea.
Dorn regarda Grakhar.
— Un dragon...
Grakhar hocha lentement la tête.
— Voilà qui devient intéressant.
— Intéressant ? répéta Vark.
Grakhar haussa les épaules.
— Je préfère combattre un dragon que mourir de froid.
Dorn éclata brièvement de rire.
Mais personne d'autre ne riait.
L'inquiétude était désormais palpable dans toute la salle.
Des phénomènes climatiques inconnus.
Une armée ancienne sortie des profondeurs.
Des morts-vivants.
Une créature inconnue dans la forêt d'Arkontte.
Et maintenant...
Un dragon venu des mers du Nord.
Adel posa lentement le parchemin sur la table.
— Voilà.
Il regarda les personnes présentes.
— Nous n'en savons pas plus.
Il marqua une pause.
— Mais c'est déjà assez.
Khïn acquiesça.
— Beaucoup trop.
Le premier Homme de l'Ombre reprit alors la parole.
— Il y a encore une chose.
Khïn se retourna.
— Quoi ?
— Il y a quelques temps, nous avons aperçu des hommes avec d'autres membres de notre groupe.
— Combien ?
- Ils étaient deux il y avait un homme et un orc.
Lyrielle fronça les sourcils.
— Un homme et un orc ?
— Oui.
— Où allaient-ils ?
— Vers Arkanah.
Le nom fit réagir plusieurs personnes.
— Arkanah... chez les Hayawann ? demanda Adel.
L'Homme de l'Ombre acquiesça.
— Exactement.
Il regarda Khïn.
— Peut-être sont-ils des amis à vous ?
Khïn secoua la tête.
— Non.
Vark fit de même.
— Je ne connais personne correspondant à cette description.
Lyrielle regarda les autres.
— Moi non plus.
Tumnii réfléchit.
— Personne dans nos rangs.
Le mystère s'épaississait.
Ces hommes étaient donc inconnus.
Et pourtant...
Ils avaient été aperçus en direction d'Arkanah.
L'Homme de l'Ombre reprit :
— À présent, ils sont cinq.
Khïn releva brusquement la tête.
— Cinq ?
— Oui.
— Et où sont-ils maintenant ?
— Ils se dirigent vers Atlas.
Tous se regardèrent.
— Ils ont essayé d'éviter la forêt, poursuivit l'homme. Ils ont pris un autre chemin.
Adel s'approcha de la carte.
— Alors ils seront ici bientôt.
— Probablement.
Khïn observa longuement les routes dessinées sur la carte.
Un homme.
Un orc.
Trois autres inconnus.
Cinq voyageurs avançant vers Atlas alors que le monde sombrait peu à peu dans l'obscurité.
Il ne pouvait s'empêcher de se demander qui ils étaient.
Et surtout...
Pourquoi venaient-ils ici ?
Adel se retourna vers les deux Hommes de l'Ombre.
— Merci, messieurs, pour ces informations.
Khïn leur fit alors un léger clin d'œil.
— Restez avec nous. Reposez-vous.
Les deux hommes se regardèrent.
Puis le premier sourit légèrement.
— Nous sommes des Hommes de l'Ombre.
Le second inclina la tête.
— Nous vous remercions pour votre hospitalité.
Ils se dirigèrent vers la porte.
Avant de sortir, le premier se retourna.
— Mais nous devons poursuivre notre route.
Adel hocha la tête.
— Alors que les anciens dieux vous protègent.
L'homme abaissa légèrement son capuchon.
— Merci à vous.
Puis les deux silhouettes disparurent dans le couloir.
Les grandes portes se refermèrent.
CLAC.
Khïn resta devant la carte.
Personne ne parlait.
Puis il posa lentement son doigt sur la route menant à Atlas.
— Cinq inconnus...
Vark s'approcha.
— Et ils arrivent ici.
Lyrielle regarda par la fenêtre.
Dans le ciel, le soleil sombre disparaissait derrière d'épais nuages.
Une fine poussière tombait encore.
— Peut-être qu'ils savent quelque chose.
Tumnii croisa les bras.
— Ou peut-être qu'ils fuient quelque chose.
Adel regarda les cartes.
— Dans les deux cas...
Il releva les yeux.
— Nous devons être prêts à les accueillir.
Dehors, le vent se leva.
Au loin, dans les terres sauvages...
cinq silhouettes avançaient silencieusement vers Atlas.
Et aucun d'entre eux ne savait encore que leur arrivée allait bouleverser le royaume.