12/09/2026
Je crois qu’on confond parfois le fait de faire de l'art avec le fait d’être artiste, et la différence est énorme.
Peindre, dessiner, maîtriser une technique… tout cela peut faire de nous des peintres, des dessinateurs, et c'est très bien comme ça, mais pas des artistes.
Pour moi, devenir artiste commence ailleurs.
Cela commence lorsque, après des années de recherche, d’échecs, d’obsessions, de silences et de transformations intérieures, on finit par découvrir un langage qui n’appartient qu’à soi.
Un vocabulaire de formes.
Une manière de tracer une ligne.
De remplir un vide.
De construire une matière.
De chercher l’équilibre.
De faire dialoguer le visible avec quelque chose de plus ancien, de plus profond, que les mots ne savent pas toujours nommer.
C’est peut-être ce que je reconnais chez des artistes aussi différents que Hilma af Klint, Rothko, Hokusai, Picasso, Soulages, Ahmad ibn Baso, Ali De Gomará : derrière la technique, derrière le médium, il existe un monde.
Une grammaire immédiatement reconnaissable. Quelque chose qui leur appartient.
Et je crois que cette singularité ne se fabrique pas.
On peut l’imiter, mais pas la fabriquer, Il m’est arrivé de voir certains chercher à reproduire mes procédés avant même d’avoir trouvé leur propre voix.
Cette grammaire, ce language apparaît lorsqu’on passe suffisamment de temps à chercher qui l’on est.
Car le style n’est pas seulement une esthétique.
Le style est la trace visible d’un chemin intérieur.
C’est pour cela que je crois qu’un artiste ne devrait pas avoir peur de devenir reconnaissable.
Au contraire.
Il faut plutôt creuser, encore et encore, chercher dans ses abysses, jusqu’à atteindre quelque chose qui était déjà là, enfoui sous les influences, les références, les techniques, les anciennes vies et dans l'épigenetique.
Alors les formes commencent à vibrer autrement.
L’ornement devient plus qu’un ornement.
La géométrie devient une architecture invisible.
La répétition devient un rituel.
La matière devient mémoire.
Et l’œuvre cesse peu à peu d’être simplement une image : elle devient un fragment du monde intérieur de celui qui l’a créée.
Peut-être que c’est cela, finalement, être artiste.
Non pas savoir tout faire, mais savoir exceller dans ce qu'on fait, se spécialiser, comprendre son propre language.
Avoir passé suffisamment de temps à se chercher pour finir par parler avec une voix que personne d’autre ne possède.
Nous ne sommes pas nombreux à penser que l'avenir devra être spirituel où ne sera pas, et que l'art pourra changer la face du monde.