08/09/2023
Jérôme SABBAGH « American All-Stars » Quartet - Nouvel album "Vintage"
Le 3 OCTOBRE La grande poste "espace improbable"
https://lagrandeposte.com/event/concert-jerome-sabbagh/
Jerome Sabbagh - sax ; Danny Grisset - piano ; Joe Martin- c.basse ; Kayvon Gordon - batterie
Pour son premier album avec piano en près de trente ans de carrière, le saxophoniste Jerome Sabbagh invite un maître de l’instrument à enregistrer à ses côtés, l’immense Kenny Barron. Porté par cette proximité immédiate avec un monument de musique, son disque, “Vintage”, sonne comme un set capté dans un club de jazz, qui voit le ténor renouer avec ses premières influences et refuser de choisir entre tradition et modernité, pour le meilleur.
Basé à New York depuis plusieurs décennies, Jerome Sabbagh a mené une trajectoire musicale qui a privilégié la spontanéité sur scène, préféré la simplicité et le lyrisme à une sophistication trop
artificielle. Son choix d’enregistrer en analogique ses albums depuis plusieurs années s’inscrit dans le même désir de rester au plus près d’un certain esprit propre au jazz. Et qui, de nos jours, incarne mieux cet esprit que Kenny Barron, qui a accédé au rang de « légende vivante », lui qui, de Dizzy Gillespie à Charlie Haden en passant par Freddie Hubbard, Yusef Lateef et Stan Getz, a donné la réplique aux maîtres de cette musique, avant de s’imposer à leurs côtés, comme un géant du jazz ?
Salué jusqu’à présent pour ses projets qui mettaient en avant la diversité stylistique de ses compositions et pour une approche ouverte du jazz qui faisait, en particulier, la part belle aux guitares électriques teintées
de rock de Ben Monder et de Greg Tuohey, Jerome Sabbagh n’en est pas moins fortement marqué par la tradition du jazz. L’une de ses expériences fondatrices en la matière fut notamment d’aller écouter, encore adolescent, au théâtre du Châtelet à Paris, le quartet de Stan Getz. Un concert qui, à l’époque, le conforta dans sa vocation naissante. Or, ce soir-là, c’est Kenny Barron qui accompagnait Getz, au sein d’un quartet entré depuis dans l’Histoire.
Trente ans plus t**d, Sabbagh s’est retrouvé au domicile du pianiste qu’il avait patiemment attendu sur un trottoir parisien dans l’espoir de décrocher un autographe. Pour mieux se connaitre, tous deux ont fait
de la musique : ils ont joué en tête-à-tête des standards et quelques originaux apportés par Sabbagh, qui lui ont valu les compliments du maestro. Comme dans un rêve devenu réalité, Sabbagh a pu juger, pour son propre confort de musicien, de la qualité exceptionnelle du toucher de Kenny Barron, de ses talents superlatifs d’accompagnateur et de son approche naturelle et authentique de la musique.
De cette rencontre sont nés le désir et le projet de ce disque. Un disque voulu et pensé pour mettre en valeur tout ce qui fait la force tranquille d’un musicien tel que Kenny Barron, et ce qu’il peut apporter à un saxophoniste tel que Jerome Sabbagh,
dans ces allers-retours qui sont au cours de l’interprétation et de l’improvisation.
Pour constituer le groupe, Sabbagh a fait appel à son contrebassiste préféré, Joe Martin, et au batteur Johnathan Blake, qui est non seulement membre attitré du trio de Kenny Barron mais également un collaborateur régulier de Jerome Sabbagh. Le répertoire prévu pour la séance était constitué de compositions de la main de Sabbagh écrites spécialement pour son invité, et d’une longue liste de standards dans laquelle les musiciens pouvaient librement piocher, en toute spontanéité, selon leur inspiration du moment — la meilleure façon, comme en concert, de permettre à la magie d’opérer entre eux.
Réunis au studio Oktaven Audio en novembre 2020, les musiciens ont enregistré « à l’ancienne », tous ensemble dans la pièce principale. Ainsi, ils ont pu enchainer les titres, en se laissant porter par le flux de la séance, sans se soucier des micros, leur équilibre se
faisant naturellement du fait de la proximité entre eux.
Soucieux d’approcher une qualité sonore optimale et fidèle à un savoir-faire qui a immortalisé le son du jazz, la séance a été enregistrée par Ryan Streber sur bandes magnétiques multipistes, et mixée par Pete Rende sur bande 1⁄2 pouce à 30 ips sur un enregistreur à lampes Ampex 351 datant des années 1950 complètement révisé. Le mastering est dû au grand ingénieur du son Bernie Grundman. Réalisé de bout en bout selon un processus analogique, l’album sera disponible en pressage vinyle 180g, en plus d’être édité aux formats numériques et CD par Sunnyside Records(distribution Socadisc).
“Vintage” s’ouvre par le morceau qui donne son titre à l’album, une composition de Sabbagh medium up, qui, outre un solo inspiré du leader, met d’emblée en valeur la solidité du jeu de Kenny Barron. Les deux musiciens se sont accordés pour dire que le second titre, On a Misty Night, composé par Tadd Dameron, était un de leurs
thèmes préférés, ce que ne démentent pas les improvisations de chacun sur ce morceau. Occasion d’un duo aussi superbe que complice, la magnifique interprétation de A Flower Is a Lovesome Thing de Billy Strayhorn trouve son origine dans une version que Sabbagh, spectateur, avait entendue Kenny Barron jouer en solo au Village Vanguard, le temple historique du jazz à New York.
La composition originale Elson’s Energy a été inspirée à Jerome Sabbagh par un ami d'enfance du Brésil récemment retrouvé ; c’est un morceau joyeux au groove percussif dans lequel Barron illustre ses affinités de longue date avec la musique brésilienne. Quant à Slay the Giant, également de la main de Sabbagh, sur un rythme plus langoureux, il permet aux deux musiciens de laisser s’exprimer leur face plus lyrique.
Le disque s’achève par deux morceaux de Thelonious Monk,signedel'admiration que les deux musiciens
partagent pour sa musique : We See et Ask Me Now. Sur une suggestion de Johnathan Blake, l’un et l’autre sont interprétés en duo. Le premier est un morceau fougueux qui met en valeur l’assise rythmique et l’aisance harmonique de Kenny Barron ; l’écoute et l’interaction entre les deux improvisateurs y est palpable. Le second est une ballade dans laquelle la sonorité du ténor s’épanouit voluptueusement, portée par le toucher délicat et précis du pianiste.
Dans “Vintage”, pour immortaliser cette rencontre au sommet avec Kenny Barron, Jerome Sabbagh a voulu rester fidèle à une certaine vérité de l’instant.
Acceptant les imprévus, les suggestions du moment, les mouvements de l’inspiration, les impondérables de l’improvisation, tous deux ont laissé la musique advenir et témoigner de sa présence, éphémère et magique — magnifiquement captée pour ravir nos oreilles.
Concert jazz de Jerome Sabbagh à Bordeaux à la salle la grande poste, rendez-vous le 3 octobre pour une soirée jazz à ne pas louper !