04/06/2026
[Litanie volatile de mai]
N.
Ne rien oublier du petit canapé inconfortable où l’on se tenait serrées, des mains qui faisaient pression sur les méridiens et des tasses en fonte brûlantes sous les doigts. Le rituel de la porte qui s’ouvre sur les mêmes paroles, la bouilloire chantante et l’odeur du petit chez soi emprunté.
M.
Ne rien rien oublier de la lumière dans les yeux verts-noisettes, du rire d’enfant à jamais gardé, de l’infinie douceur des gestes caressants pétales, grain du tissu, cheveux d’enfants. Les mots déposés sur la table à manger, les épingles à cheveux, les bêtises à se raconter avec le rire qui fait couler…
(À mes oreilles un rire léger à faire vaciller densité et gravité tout à la fois, l’éclat d’un rai de lumière dans une chambre noire)
Ne rien oublier.
L’écrire, le dessiner. L’encapsuler derrière ses paupières
Y puiser encore et encore de quoi s’animer.
——
[Question]
Ne rien oublier de ce qui est perdu impalpable
mais que faire
de ce qui se perd là au ralenti?
Amitié distendue, amour dilué
Lien effiloché ou
Grains, miettes, poussières dispersées là
Transition vers un vide où seul l’ancien s’encode encore dans la mémoire à long terme faute de pouvoir se nourrir du maintenant.
(Faut-il seulement attendre la perte pour se souvenir parfois
puis ranger la mémoire ? Que fais-tu, toi?)
——
On dira c’est la vie
On le dira et on mentira
(alors je ne le dirai pas)