05/08/2026
Je conçois le design comme un exercice de pensée systémique et d'engagement sociétal.
C'est ainsi que je conçois ma pratique depuis toujours, et c'est pour cela qu'il m'arrive de prendre position publiquement sur des événements majeurs, au Maroc ou ailleurs, plutôt que de m'en tenir strictement à mes projets.
Cette conception n'est pas nouvelle. Victor Papanek le portait déjà en 1971 dans son livre Design for the Real World, dont le sous-titre dit tout : Human Ecology and Social Change, écologie humaine et changement social. Le design y était pensé comme un outil de responsabilité, pas comme une production d'objets désirables. Le Bauhaus, dans son ambition originelle, avant sa récupération esthétisante, visait quelque chose de proche : façonner les conditions de la vie collective, pas seulement leur apparence.
Je m'inscris dans cette filiation. Pour moi, le designer travaille sur des objets, des espaces, des interfaces. Mais son véritable matériau reste le rapport entre l'humain et son environnement. Un objet bien pensé facilite un geste. Un espace bien pensé fait naître du lien. Un regard bien posé sur la société peut, lui aussi, faire bouger quelque chose, et c'est cette dimension du métier que je refuse d'abandonner.
On limite souvent le design, dans l'imaginaire collectif, à une question de forme, de matière ou d'esthétique. Je trouve ça réducteur. Dans sa vocation la plus ancienne, le design est une manière de penser des systèmes : comment les choses s'articulent entre elles, comment un usage naît, comment une société se structure autour de ce qu'elle fabrique et de ce qu'elle valorise. Cette lecture ne s'arrête pas à la frontière d'un projet, elle s'applique aussi à un événement social, à une crise, à un mouvement de jeunesse.
Je ne sépare jamais mon activité de designer de mon rôle de citoyen. Les deux se nourrissent l'un l'autre. Observer une société avec les outils du design, c'est chercher à comprendre ce qui fonctionne, ce qui grince, ce qui manque, et parfois le dire publiquement, sans détour ni calcul.
Réaffirmer cette capacité de jugement systémique, prise de position après prise de position, c'est ma manière de plaider pour élargir ce que notre pr