12/08/2026
: LA PROMISE DU CHEF
: DARK ROMANCE
: 20
ALINA VOLKOV
Je vérifiai une dernière fois mon reflet dans le miroir de l’entrée avant de récupérer mon sac. Ma robe tombait parfaitement sur mes jambes et, malgré le ventre encore à peine arrondi, je pouvais déjà constater les premiers changements de mon corps. J’avais choisi une tenue élégante, suffisamment sobre pour une soirée de ce genre, mais qui mettait tout de même en valeur les détails que j’avais moi-même travaillés.
Alexei, lui, n’avait toujours pas terminé son appel. Debout près des grandes fenêtres du salon, il parlait au téléphone d’une voix basse. Je n’entendais pas les mots, seulement le ton. Quelque chose n’allait pas.
Depuis le début de la soirée, il était différent. Tendu. Beaucoup trop tendu.
Il avait beau faire des efforts pour le dissimuler chaque fois qu’il se tournait vers moi, je connaissais désormais suffisamment mon mari pour voir les petits détails qu’il essayait de cacher : sa mâchoire crispée, ses doigts qui se refermaient parfois autour de son téléphone, cette manière qu’il avait de regarder autour de lui comme s’il cherchait déjà une menace invisible.
Je fronçai légèrement les sourcils. Pourquoi était-il aussi nerveux ?
Lorsque son appel prit enfin fin, il resta quelques secondes immobile avant de ranger son téléphone dans la poche intérieure de sa veste. Puis il se tourna vers moi. Et, immédiatement, son visage s’adoucit. Il m’offrit un sourire.
Je m’approchai lentement.
— Tout va bien ?
— Oui.
Sa réponse fut trop rapide. Je croisai les bras.
— Tu n’es pas obligé de me mentir.
Il haussa légèrement les sourcils.
— Je ne te mens pas.
— Alexei. Je sais quand quelque chose ne va pas.
Son sourire disparut. Il soupira profondément avant de passer une main sur sa nuque.
— Tu es vraiment impossible à tromper.
— Parce que tu es très mauvais menteur avec moi.
— Je pourrais presque le prendre comme un compliment.
Je ne souris pas.
— Qu’est-ce qui se passe ?
Il s’approcha. Ses mains vinrent se poser sur ma taille et son regard parcourut mon visage avec une attention qui me fit immédiatement comprendre que ce qu’il allait me dire était sérieux.
— Il va se passer quelque chose ce soir.
Mon cœur se serra.
— Quoi ?
— Je ne sais pas encore exactement.
— Alors pourquoi tu me dis ça ?
Il marqua un silence.
— Parce que je veux que tu sois prête.
Une sensation désagréable me traversa l’estomac.
— Prête à quoi ?
— Alina… je veux que tu me fasses confiance.
— Je te fais confiance.
— Alors écoute-moi attentivement. Quand le moment viendra, tu feras exactement ce que je te demanderai.
Je fronçai les sourcils.
— Même si je ne comprends pas ?
— Surtout si tu ne comprends pas.
Je restai silencieuse. Je n’aimais pas cette conversation. Pas du tout.
— Alexei, tu commences à me faire peur.
Son expression se radoucit immédiatement.
— Ce n’est pas ce que je veux. Je veux simplement être certain que tu es en sécurité.
— Et toi ?
Un léger sourire apparut sur ses lèvres.
— Moi, je sais me débrouiller.
Je levai les yeux au ciel.
— Évidemment.
Il eut un petit rire avant de redevenir sérieux.
— Promets-moi.
Je le fixai quelques secondes. Je savais que s’il insistait autant, c’était parce qu’il avait une raison. Alors je hochai lentement la tête.
— Je te le promets.
Il me regarda encore quelques secondes, comme s’il voulait s’assurer que j’étais sincère. Puis il se pencha vers moi. Ses lèvres rencontrèrent les miennes dans un ba**er profond et rassurant. Je passai mes bras autour de son cou et répondis à son ba**er, oubliant pendant quelques secondes la tension qui flottait dans l’air.
Lorsqu’il se recula, son front resta contre le mien.
— Merci.
— Tu as intérêt à tenir ta promesse, toi aussi.
— Laquelle ?
— Celle de rentrer avec moi ce soir.
Son sourire s’élargit.
— Je te le promets.
Il prit ma main.
— Allons-y.
La voiture s’arrêta devant l’hôtel quelques dizaines de minutes plus t**d. À peine la portière ouverte, les flashs commencèrent à crépiter. Un premier éclair. Puis un autre. Puis une succession presque aveuglante. Des photographes s’étaient massés devant l’entrée, leurs appareils braqués sur nous. Je clignai plusieurs fois des yeux.
Alexei, lui, ne ralentit même pas. Sa main se posa dans le bas de mon dos.
Il me rapprocha légèrement de lui tandis que nous avancions vers l’entrée. Les photographes criaient des questions.
— Monsieur Volkov !
— Alexei !
— Une photo avec votre épouse !
— Madame Volkov !
Je sentis mon cœur accélérer. Alexei ne leur accorda presque aucune attention. Il avançait avec cette assurance qui lui était propre, comme si rien au monde ne pouvait l’atteindre. Pourtant, sa main ne quitta pas mon dos. Je compris qu’il ne cherchait pas seulement à m’accompagner. Il me protégeait. Encore.
Les portes de l’hôtel s’ouvrirent devant nous. À l’intérieur, l’atmosphère était complètement différente. Le bruit des photographes s’évanouit derrière les murs. Un membre du personnel vint immédiatement à notre rencontre.
— Monsieur et Madame Volkov, bienvenue. Nous sommes ravis de vous recevoir.
Alexei hocha la tête.
— Merci.
— Votre table est prête. Si vous voulez bien me suivre.
Nous traversâmes le vaste hall jusqu’à la salle de réception. Je découvris une immense pièce décorée avec un goût particulièrement raffiné. Des lustres en cristal descendaient du plafond, les tables étaient couvertes de nappes blanches et chaque détail semblait avoir été soigneusement pensé. Je suivis Alexei jusqu’à notre table. Puis je m’arrêtai.
Je compris immédiatement. Toutes les places étaient réservées aux Volkov. Je soupirai intérieurement. Cela signifiait une chose : je devrais supporter Katerina toute la soirée.
Alexei tira doucement ma chaise.
— Assieds-toi.
Je pris place. Il s’installa à côté de moi et se pencha légèrement vers moi.
— Tu as besoin de quelque chose ?
Je secouai la tête.
— Pour le moment, non.
Il observa encore mon visage.
— Tu es certaine ?
— Oui.
Je posai ma main sur la sienne sous la table. Il entrelaça ses doigts aux miens. Son pouce caressa doucement ma main. Mais malgré son calme apparent, je sentais toujours cette tension sous sa peau.
La salle commençait peu à peu à se remplir. À peine avions-nous pris place que les premiers invités vinrent nous saluer. Un homme d’une cinquantaine d’années s’approcha accompagné d’une femme élégamment vêtue. Alexei se leva aussitôt, et je fis de même.
— Monsieur Volkov, c’est toujours un plaisir de vous revoir.
— Tout le plaisir est pour moi.
La femme me sourit.
— Et vous devez être Madame Volkov.
Je lui rendis son sourire.
— Alina. Enchantée.
— Nous avons entendu beaucoup de choses sur vous.
Je sentis la main d’Alexei se poser brièvement dans mon dos.
— J’espère que rien de trop compromettant.
L’homme éclata de rire.
— Rassurez-vous. Rien que nous ne puissions répéter devant votre mari.
Alexei eut un léger sourire, puis ils poursuivirent leur chemin. D’autres invités vinrent ensuite nous saluer. Certains connaissaient déjà Alexei depuis des années, d’autres semblaient surtout curieux de rencontrer son épouse.
Je commençais à m’habituer aux regards lorsque les portes de la salle s’ouvrirent une nouvelle fois. Cette fois, je reconnus immédiatement Dimitri. Il entra accompagné de Katerina et de Mikhail. Derrière eux marchaient deux femmes. Je supposai qu’il s’agissait de la mère et de la sœur de Dimitri.
Alexei se leva. Je fis de même. Dès qu’il aperçut la femme plus âgée, son visage changea légèrement. Il semblait sincèrement heureux de la voir.
— Ma tante.
Elle lui adressa un sourire chaleureux avant de venir l’embrasser.
— Tu es toujours aussi beau, Alexei.
— Tu n’as pas changé non plus.
— Tu dis ça parce que tu veux quelque chose.
Il eut un petit rire.
— Peut-être.
La jeune femme qui l’accompagnait n’attendit même pas qu’ils terminent leur conversation. Elle se précipita vers Alexei et lui sauta littéralement au cou.
— Alexei !
Il rit en la rattrapant.
— Olga !
— Tu m’as manqué !
— Moi aussi, je suis content de te voir.
Je regardai la scène avec amusement. C’était étrange de voir Alexei aussi détendu. Il avait toujours cette réputation d’homme froid et difficile à approcher, mais avec sa famille, il semblait différent. Plus léger. Plus humain.
La femme plus âgée finit par se tourner vers moi. Son regard s’att**da quelques secondes sur mon visage avant qu’elle ne m’adresse un sourire.
— Je suppose que vous êtes la fameuse épouse d’Alexei.
Je lui tendis la main.
— Alina. Enchantée de vous rencontrer.
Elle prit ma main.
— Natalia. Et oui, j’ai entendu beaucoup d’échos sur vous.
Je retins une petite grimace.
— J’espère que c’était en bien.
Un sourire amusé apparut sur ses lèvres.
— Il y avait de tout. Mais je préfère toujours me faire ma propre opinion sur les gens.
— Je comprends.
La jeune femme s’approcha alors. Elle me détailla quelques secondes avant de sourire franchement.
— Il y a au moins une chose qui est indéniable. Vous êtes magnifique.
Je sentis immédiatement mes joues chauffer.
— Merci.
— Olga, intervint Alexei avec amusement, tu vas la faire rougir.
— Je ne fais que dire la vérité.
Je souris malgré moi. Katerina, qui était restée légèrement en retrait, intervint finalement.
— Et si nous prenions tous place ? La vente va bientôt commencer.
Personne ne protesta. Nous regagnâmes nos sièges. Je m’installai à côté d’Alexei tandis que Natalia prit place non loin de moi. À peine assise, elle se tourna vers moi.
— J’ai cru comprendre que vous alliez exposer quelques-unes de vos robes ce soir.
Je hochai la tête.
— Oui. Je me suis dit que cela pourrait être une bonne occasion de faire connaître mes créations avant l’ouverture de ma boutique.
— Une boutique ?
— Oui. Je travaille actuellement à sa préparation.
Natalia sembla réellement intéressée.
— Vous concevez vous-même vos vêtements ?
— Oui. Je les dessine et je les tricote moi-même.
Olga regarda soudain ma robe avec attention.
— Attendez… cette robe aussi, c’est vous qui l’avez faite ?
Je baissai les yeux vers ma tenue.
— Oui.
— Elle est magnifique !
— Merci. C’est l’une de mes premières pièces.
Olga passa doucement ses doigts dans l’air, comme si elle voulait observer les détails sans toucher le tissu.
— Elle est vraiment très belle.
Natalia acquiesça.
— J’aime les personnes qui ont du talent et qui savent quoi en faire.
Je sentis mes joues rougir davantage.
— Merci beaucoup.
Alexei posa discrètement une main sur ma cuisse sous la table. Un simple geste. Mais il me fit immédiatement sentir sa présence. Je tournai légèrement la tête vers lui. Il me sourit. Et, pendant quelques secondes, tout le reste disparut.
Puis les lumières de la salle diminuèrent légèrement. Les conversations se turent progressivement. Le maître de cérémonie venait de monter sur scène.
— Mesdames et messieurs, bonsoir. Merci d’être présents ce soir pour cette nouvelle édition de notre vente aux enchères annuelle.
Je reportai mon attention vers la scène. Le maître de cérémonie poursuivit son discours avant de regarder dans notre direction.
— Et comme le veut notre tradition, j’aimerais maintenant inviter Monsieur Alexei Volkov à nous rejoindre pour quelques mots.
Tous les regards se tournèrent vers mon mari. Alexei se leva. Avant de partir, il se pencha vers moi.
— Je reviens.
Je lui souris.
— Vas-y.
Il m***a sur scène et prit place derrière le pupitre. Le silence s’installa. Alexei avait cette présence particulière qui suffisait à imposer le calme autour de lui. Il regarda la salle.
— Mesdames et messieurs, comme chaque année, la famille Volkov est heureuse de vous ouvrir ses portes à l’occasion de cette vente aux enchères.
Quelques applaudissements retentirent. Il poursuivit d’une voix assurée.
— Cette soirée représente une tradition importante pour notre famille. Mais surtout, elle permet de soutenir une cause qui nous tient particulièrement à cœur. Comme chaque année, l’ensemble des fonds récoltés sera reversé à l’association caritative « Un avenir pour chaque enfant », dont ma tante assure la direction.
Natalia applaudit. Bientôt, toute la salle suivit. Je regardai Alexei avec une pointe de fierté. Il n’avait pas besoin d’élever la voix pour être écouté. Il suffisait qu’il parle.
— Je vous remercie tous pour votre présence et votre générosité. J’espère que cette soirée sera à la hauteur de vos attentes.
Il s’écarta du pupitre et rejoignit sa place. Le maître de cérémonie reprit le micro.
— Merci, Monsieur Volkov. Et maintenant, sans plus attendre, commençons notre vente.
Les lumières se concentrèrent sur la première œuvre. Les enchères allaient commencer. Je pris une profonde inspiration.
Pour l’instant, tout semblait parfaitement normal.
Mais quelque part au fond de moi, je n’arrivais pas à oublier les paroles d’Alexei.
Les enchères continuèrent pendant plusieurs minutes. Les œuvres défilaient sur la scène, accompagnées chaque fois d’une nouvelle vague d’applaudissements, de murmures et de pancartes qui se levaient dans la salle. Je commençais à me détendre. Pourtant, chaque fois que mon regard croisait celui d’Alexei, je me souvenais de son avertissement.
Quand le moment viendra, tu feras exactement ce que je te demanderai.
Je n’arrivais toujours pas à comprendre ce qu’il avait prévu.
Puis le maître de cérémonie annonça enfin les créations qui me concernaient.
— Et maintenant, nous allons présenter une sélection de pièces réalisées par une jeune créatrice particulièrement prometteuse…
Mon cœur se mit à battre plus vite. Les premières robes apparurent sur les mannequins. Je retins presque mon souffle. C’était étrange de voir mes créations exposées devant autant de personnes. Je les connaissais par cœur. Chaque maille, chaque détail, chaque heure passée à travailler dessus. Mais ce soir, elles ne m’appartenaient plus vraiment. Elles étaient sous les projecteurs.
— Nous commençons les enchères à…
Une première femme leva sa pancarte. Puis une deuxième. Une troisième suivit. Les prix commencèrent à grimper. Je clignai des yeux, incapable de cacher ma surprise. Elles se battaient réellement pour mes robes.
Puis une pancarte se leva à notre table.
Je tournai la tête. Olga. Je la regardai avec de grands yeux. Elle me lança un sourire avant de relever sa pancarte une nouvelle fois.
— Olga…
Elle rit.
— Quoi ? Elles sont magnifiques !
Une autre femme surenchérit. Olga leva aussitôt sa pancarte. Les enchères continuèrent quelques instants avant que le maître de cérémonie ne frappe finalement son marteau.
— Adjugé !
Olga poussa un cri de joie.
— Elles sont à moi !
Je ris devant son enthousiasme. Elle se tourna vers moi, les yeux brillants.
— Alina, elles sont tellement belles ! J’ai vraiment hâte de les porter.
— Je suis heureuse qu’elles te plaisent.
— Je vais faire des vidéos avec. Je vais les publier sur Internet. Ça te fera de la publicité pour ta boutique !
Je souris sincèrement.
— Merci, Olga. C’est vraiment gentil.
— Ne me remercie pas. Je suis déjà impatiente de les porter.
Elle avait l’air tellement heureuse que ma nervosité disparut quelques secondes. Puis je sentis un regard posé sur moi. Je tournai la tête. Katerina me regardait. Ses yeux descendirent vers mon verre. Je baissai moi-même les yeux. De l’eau. Depuis le début de la soirée, je n’avais rien bu d’autre.
— Tu ne bois pas ?
Sa voix était légère, mais son regard ne l’était pas.
— Non. Avec les médicaments et ma convalescence, je préfère éviter l’alcool pour le moment.
Je jetai un coup d’œil rapide à Alexei avant de répondre. Katerina ne répondit pas. Elle continua simplement à me regarder. Un peu trop longtemps. Je sentis une légère tension dans mon ventre. Pourquoi cette question l’intéressait-elle autant ? Finalement, elle détourna les yeux. Je fis de même.
Quelques minutes plus t**d, le maître de cérémonie annonça :
— Nous allons maintenant accueillir Monsieur Alexei Volkov, Monsieur Dimitri Volkov et Monsieur Mikhail Volkov.
Alexei se leva. Avant de partir, il se pencha vers moi et déposa un ba**er sur mes lèvres. Un ba**er bref, mais suffisamment tendre pour attirer quelques regards autour de nous.
— Je reviens.
— D’accord.
Il me sourit avant de suivre Dimitri et Mikhail. Olga les regarda s’éloigner, puis se tourna vers moi.
— C’est tellement rare de voir Alexei aussi attentionné avec quelqu’un. Il est tout le temps grincheux !
Je ris.
— Il est aussi comme ça à la maison… enfin, la plupart du temps.
Olga éclata de rire. Natalia sourit doucement.
— Vous semblez être en harmonie tous les deux.
Je regardai en direction de la scène où Alexei venait de rejoindre les autres hommes.
— Nous le sommes.
— C’est important dans un mariage. J’aurais aimé que le mien avec Mikhail soit comme ça. Mais après presque trente ans de mariage… il a tout gâché.
Sa voix avait changé. Il y avait une pointe de tristesse derrière ses paroles. Je ne répondis pas immédiatement. Je connaissais l’histoire. Tout le monde dans cette famille semblait la connaître. L’histoire d’Irina et de Mikhail. Une trahison qui avait laissé des cicatrices profondes.
Natalia se tourna vers moi.
— Vous devez connaître l’histoire.
Je hochai lentement la tête.
— Oui.
Elle eut un sourire sans joie.
— Je m’en doutais.
Olga, elle, semblait vouloir ramener la conversation vers quelque chose de plus léger.
— Au moins, le mariage de mon frère a l’air beaucoup plus harmonieux. Dimitri est totalement amoureux.
Je vis Katerina redresser légèrement la tête. Enfin. On parlait d’elle.
— C’est vrai, intervint-elle avec un sourire satisfait. Dimitri et moi sommes très fusionnels.
Natalia tourna lentement la tête vers elle. Son regard était glacial.
— Enfin… si on oublie comment ce couple fusionnel s’est formé.
Le sourire de Katerina se figea. Je baissai immédiatement les yeux pour cacher mon amusement. Je ne voulais surtout pas rire. Natalia continua :
— On ne peut pas vraiment espérer autre chose d’un homme qui a été pratiquement élevé à l’image de son père.
Katerina se raidit.
— Maman, Dimitri et moi sommes tombés amoureux. Nous n’avons pas contrôlé nos sentiments.
Natalia la fixa longuement.
— Tomber amoureux n’est pas un problème, Katerina. Ce que vous avez fait ce jour-là en est un. Vous n’avez même pas réfléchi à la personne à qui vous faisiez du mal. Vous avez simplement décidé que vos sentiments comptaient davantage que tout le reste.
Katerina ouvrit la bouche, mais Natalia ne lui laissa pas le temps de répondre.
— C’est pour cette raison que je n’approuve pas votre mariage. Mais Dimitri est mon fils. Et tant qu’il est heureux, je ne dirai rien.
Un silence pesant tomba sur la table. Même Olga resta silencieuse. Je regardai Katerina. Son visage avait perdu cette assurance qu’elle affichait quelques secondes plus tôt. Pour la première fois depuis le début de la soirée, elle semblait avoir été remise à sa place.
Je jetai une nouvelle fois un regard vers la scène. Alexei n’était toujours pas revenu. La vente continuait pourtant sans interruption. Les œuvres défilaient, les enchères m***aient, les applaudissements résonnaient régulièrement dans la salle. Tout semblait normal. Et pourtant, je n’arrivais pas à me débarrasser de cette sensation désagréable qui me serrait la poitrine.
Pourquoi mettait-il autant de temps ? Je savais qu’il avait probablement des choses à régler avec Dimitri et Mikhail, mais son absence commençait à m’inquiéter. Je posai une main sur mon ventre.
À cet instant, une odeur forte me parvint. Un parfum. Je plissai immédiatement le nez. Une nausée brutale me souleva l’estomac. Je portai une main à ma bouche et me levai précipitamment.
— Excusez-moi, je vais aux toilettes.
Natalia se redressa légèrement.
— Tout va bien ?
— Oui. C’est simplement un parfum qui m’a donné la nausée.
Olga me regarda avec inquiétude.
— Tu veux que je vienne avec toi ?
Je secouai la tête.
— Non, ça va aller.
Je pris mon sac et m’éloignai rapidement. Dans les toilettes, je restai quelques instants devant le lavabo, les mains posées sur le marbre froid. Je respirai profondément. Une fois. Deux fois. La nausée finit par s’atténuer. Je me regardai dans le miroir.
— Tout va bien…
Je me parlai presque à moi-même. Je ne savais pas si j’essayais de me rassurer ou de convaincre mes bébés. Après quelques minutes, je quittai les toilettes. Mais à peine eus-je franchi les portes que je me figeai.
Des policiers entraient dans la salle. Mon cœur s’arrêta presque. Pourquoi étaient-ils ici ? Je cherchai immédiatement Alexei du regard. Comme si mon instinct avait entendu ma question, il apparut quelques secondes plus t**d. Il revenait avec Dimitri et Mikhail. Nos regards se croisèrent. Et je compris immédiatement. Quelque chose n’allait pas.
Un des policiers s’avança.
— Monsieur Volkov ?
Alexei resta parfaitement calme.
— Oui.
— Nous venons vous chercher.
Un murmure parcourut la salle. Je sentis mon cœur cogner contre mes côtes.
— Pourquoi ?
L’inspecteur s’avança. Je reconnus immédiatement son visage. C’était lui. Celui qui était venu me poser toutes ces questions. Celui qui n’avait cessé d’insinuer qu’Alexei représentait un danger pour moi. Il s’approcha de mon mari.
— Alexei Volkov, vous êtes placé en état d’arrestation.
Je sentis le sang quitter mon visage.
— Qu’est-ce que vous faites ?
Alexei tourna la tête vers moi.
— Alina…
— Non. Vous ne pouvez pas faire ça !
L’inspecteur me regarda.
— Madame, c’est une procédure.
— Une procédure pour quoi ? Il n’a rien fait !
Ma voix tremblait. Je sentis la panique monter dans ma poitrine. Alexei, lui, ne semblait pas inquiet. Comme s’il savait exactement ce qui allait se passer.
— Alina, calme-toi.
— Comment veux-tu que je me calme ? Vous ne pouvez pas simplement venir ici et arrêter mon mari devant tout le monde !
L’inspecteur resta silencieux. Alexei s’approcha de moi. Il prit mes mains.
— Écoute-moi.
Je secouai la tête.
— Je viens avec toi.
— Non.
— Alexei…
— Tu rentres à la maison.
Je sentis les larmes me monter aux yeux.
— Non.
Son regard devint plus ferme.
— Alina.
— Je reste avec toi.
Il serra doucement mes mains. Puis il prononça les mots qui me ramenèrent brutalement à notre conversation de quelques heures plus tôt.
— Tu m’as promis. Si je te demandais de faire quelque chose… tu m’as promis que tu le ferais sans discuter.
Je fermai les yeux quelques secondes. Il avait raison. Je lui avais promis. Même si chaque fibre de mon corps me criait de rester près de lui.
— Je sais…
Ma voix se brisa. Il caressa ma joue.
— Alors fais-moi confiance. Rentre au manoir avec ma tante et Olga. Je serai bientôt à la maison. Je te le promets.
Je voulais croire à cette promesse. Je devais y croire. Je hochai finalement la tête. Alexei se détourna. Les policiers l’encadrèrent. Je le regardai s’éloigner. Un pas. Puis un autre. Chaque seconde me donnait l’impression qu’on m’arrachait quelque chose.
Toute la salle observait la scène. Les invités chuchotaient. Certains avaient sorti leurs téléphones. D’autres regardaient Alexei avec une curiosité à peine dissimulée. Je n’entendais presque plus rien. Puis mon regard se posa sur Katerina. Elle était assise à sa place. Et elle avait ce visage parfaitement innocent. Je sus immédiatement. C’était elle. Je ne pouvais pas le prouver. Mais je le savais.
Je me dirigeai vers elle.
— C’est toi.
Elle leva les yeux vers moi.
— Pardon ?
— Je sais que c’est toi.
Son expression se transforma en une grimace d’incompréhension parfaitement jouée.
— Je ne vois absolument pas de quoi tu parles.
Je m’arrêtai devant elle.
— Tu as organisé tout ça.
— Alina, tu es sous le choc…
— Ne me prends pas pour une idiote !
Quelques personnes autour de nous se retournèrent. Katerina se leva.
— Alexei a dû faire quelque chose de grave pour qu’on vienne l’arrêter.
Cette phrase fut la goutte de trop. Je la poussai.
— Je sais que c’est toi !
— Alina !
Natalia se leva brusquement. Olga intervint immédiatement.
— Alina, arrête !
Elles me saisirent doucement par les bras pour m’éloigner de Katerina.
— Lâchez-moi !
Dimitri s’approcha à son tour. Il se plaça devant sa femme.
— Alina, tu dois être sous le choc. Je comprends que tu sois bouleversée, mais tu ne peux pas accuser les autres comme ça.
Je le regardai. Puis je ris. Un rire sans joie.
— Tu ne sais même pas qui tu as épousée.
Son visage se ferma.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Je secouai la tête.
— Rien.
Je n’allais pas perdre mon temps à essayer de lui faire comprendre. Pas maintenant. Je récupérai mon sac sur la table. Natalia posa une main sur mon bras.
— Il faut rentrer.
Je regardai une dernière fois vers l’entrée par laquelle Alexei venait de disparaître. Mon cœur se serrait douloureusement.
— Il va revenir. Il me l’a promis.
Olga me regarda avec compassion.
— Il reviendra.
Je hochai la tête. Puis je suivis Natalia et Olga hors de la salle. À peine installée dans la voiture, je sortis mon téléphone. Je composai immédiatement le numéro de Sergei. Il décrocha presque aussitôt.
— Alina ?
— Sergei… ils ont arrêté Alexei.
Un silence. Puis sa voix devint immédiatement sérieuse.
— Quoi ?
— L’inspecteur. Il est venu avec des policiers pendant la vente. Ils l’ont emmené. Il m’a demandé de rentrer à la maison. Sergei, je veux que tu règles ça.
— Je vais m’en occuper.
— Tout de suite.
— Alina, calme-toi. Alexei savait probablement que quelque chose comme ça pouvait arriver.
Je fermai les yeux. Je voulais le croire. Je devais le croire.
— Ramène-le-moi.
— Je te le promets.
Je raccrochai. Ma main se posa instinctivement sur mon ventre. À l’intérieur de moi, une peur sourde grandissait. Je ne savais pas ce que l’inspecteur avait contre mon mari. Je ne savais pas combien de temps cette arrestation allait durer. Mais une chose était certaine.
Je voulais qu’Alexei rentre.
Et vite.
————————————
ALEXEI VOLKOV
Mes doigts frappaient lentement contre la table métallique.
Tac.
Tac.
Tac.
Le bruit régulier résonnait dans la petite salle d’interrogatoire, presque vide, où l’air semblait plus froid qu’il ne l’était réellement. Je détestais attendre. Encore plus lorsque je savais exactement pourquoi on me faisait attendre.
Je jetai un regard à l’horloge accrochée au mur. Cela faisait déjà suffisamment longtemps. Lorsque les policiers étaient venus m’arrêter au beau milieu de la vente aux enchères, j’avais eu envie de leur rire au nez. Cette arrestation était tellement ridicule que j’aurais pu leur demander s’ils avaient répété leur scène avant de venir. Mais je m’étais laissé faire. Parce que je savais que ce qui allait suivre serait bien plus intéressant. Et parce que je savais exactement ce qu’ils espéraient obtenir de moi.
Une réaction.
De la peur.
De la colère.
Un aveu.
Ils n’auraient rien de tout cela.
La seule chose qui me préoccupait réellement était Alina. Je revoyais encore son visage lorsque les menottes avaient entouré mes poignets. Sa stupeur. Ses yeux agrandis par l’inquiétude. Sa main qui s’était instinctivement portée vers son ventre. Cette image me donnait envie de fracasser quelque chose. Elle était enceinte. Et pas simplement enceinte. Elle portait nos deux enfants. Le stress était précisément la dernière chose dont elle avait besoin.
Je pris une profonde inspiration. Elle devait être au manoir maintenant. J’avais promis que je rentrerais. Et je tenais toujours mes promesses.
La porte finit par s’ouvrir. Je levai lentement les yeux. Akim entra. Enfin. Il referma la porte derrière lui avec une lenteur presque théâtrale avant de prendre place en face de moi. Je regardai ma montre. Puis lui.
— Vous en avez mis du temps. Je commençais à perdre patience.
Son visage resta fermé. Il s’installa face à moi et posa ses mains sur la table.
— Votre avocat ne va pas venir ?
Un sourire amusé étira mes lèvres.
— Je n’en ai pas besoin.
Il haussa un sourcil.
— Vous êtes certain ?
— Absolument. Je suis innocent. En revanche, vous avez réussi quelque chose.
Akim me regarda sans comprendre.
— Quoi donc ?
Je plantai mes yeux dans les siens.
— Vous avez laissé ma femme complètement déboussolée.
À peine eus-je prononcé le mot femme que son expression changea. À peine. Mais suffisamment pour que je le remarque. Ses épaules se raidirent. Son regard se fit plus attentif. Je souris intérieurement. Voilà. C’était donc ça. Je venais de toucher le véritable sujet.
Akim sortit alors plusieurs photographies d’une chemise cartonnée et les posa devant moi. Je baissai les yeux. Une photo de moi. Une autre de Sergei. Puis Vladimir. Nous étions devant l’entrepôt. Je pris la première photographie entre deux doigts et l’observai quelques secondes avant de la reposer.
— C’est donc ça ?
— Vous étiez là.
— Oui.
— Avec Sergei et Vladimir Ivanov.
— Oui.
Il se pencha légèrement vers moi.
— Vous savez ce qui se passe en ce moment même ? Le convoi que vous avez supervisé vient d’être intercepté. Dès qu’ils auront vérifié ce qu’il contient… des armes. Ce sera terminé pour vous, Volkov.
Je ne bougeai pas. Pas un muscle. Puis je me mis à rire. Un rire calme. Presque sincère.
— Qu’est-ce qui vous fait rire ?
— Vous. Vous êtes tellement convaincu de votre propre victoire que c’en devient presque attendrissant.
Son visage se durcit.
— Vous feriez mieux de prendre cette affaire au sérieux.
— Je la prends très au sérieux. C’est vous que je ne prends pas au sérieux.
Il serra la mâchoire.
— Il serait peut-être temps d’avouer vos activités. Si vous coopérez maintenant, cela pourrait jouer en votre faveur lorsque vous serez traduit devant un tribunal.
Je secouai lentement la tête.
— Vous êtes vraiment sérieux ?
— Tout à fait.
Je me laissai aller contre le dossier de ma chaise. Puis mon regard glissa vers la vitre teintée située derrière lui. Je savais parfaitement ce qu’il y avait derrière. Des policiers. Des supérieurs. Peut-être même quelques curieux venus assister au spectacle. Je souris.
— Je suppose que tout le commissariat est derrière cette vitre. Ils doivent tous se demander ce qu’un inspecteur comme Akim Avazov peut bien avoir contre Alexei Volkov.
Je tapotai doucement la photographie du bout de mon doigt.
— Alors dites-leur. Qu’est-ce que vous avez réellement contre moi ? Des preuves ? Vous en avez ? Une enquête sérieuse ? Des témoins ? Des relevés ? Des comptes ? Des communications ? Quelque chose de concret ?
Je me rapprochai légèrement de la table.
— Ou est-ce que vous vous êtes simplement laissé guider par votre obsession maladive pour ma femme ?
Son visage changea immédiatement. Cette fois, il ne réussit pas à le cacher. Je souris. Je venais enfin de trouver la fissure.
— Vous avez passé tellement de temps à vous intéresser à elle que vous avez oublié quelque chose, inspecteur. Vous êtes censé enquêter sur une tentative de meurtre. Pas sur mon mariage.
Je laissai mon regard glisser vers la vitre teintée derrière Akim. Je savais qu’ils étaient là. Des hommes en uniforme, probablement plusieurs supérieurs, peut-être même le lieutenant. Ils observaient cette scène en silence, attendant de voir jusqu’où leur inspecteur était prêt à aller.
Parfait.
Je voulais des témoins.
Je posai lentement mes mains sur la table.
— Vous savez ce qui est amusant, inspecteur ?
Akim me fixa.
— Quoi ?
Je désignai la vitre d’un léger mouvement du menton.
— Derrière cette vitre, certains de vos collègues pensent probablement que vous êtes en train de mener une brillante enquête. Alors autant leur montrer ce que vous cherchez réellement.
Le visage d’Akim se ferma.
— Taisez-vous.
Je ne lui obéis évidemment pas.
— Akim Avazov. Vous avez suivi ma femme pendant des années. Vous l’avez observée. Vous l’avez suivie dans ses déplacements. Vous avez pris des photographies d’elle sans qu’elle le sache. Pendant des années.
— Taisez-vous !
Sa voix claqua dans la pièce. Je souris.
— Pourquoi ? Ce n’est pas la vérité ? C’est pour ça que vous m’avez arrêté ?
Akim serra les poings.
— Vous êtes dangereux.
— Non. Vous voulez jouer au héros. Vous êtes venu arrêter le méchant loup pour sauver la pauvre femme prisonnière de ses griffes. C’est ça, votre histoire ?
Akim me fixa avec une haine à peine contenue.
— Vous ne savez rien.
— Je sais suffisamment. Et je me demande surtout ce que votre épouse pensera lorsqu’elle découvrira tout ça. Et votre fille ?
Akim frappa brutalement la table de sa paume.
— Ne parlez pas de ma fille !
Le silence qui suivit fut glacial. Je le regardai sans ciller.
— Alors respectez votre propre famille. Vous ne voulez pas que l’on parle de votre fille ? Très bien. Commencez par vous comporter comme un homme qui mérite de protéger sa famille.
Sa respiration devint plus lourde.
— Vous ne savez pas ce que vous dites.
— Si. Et tôt ou t**d, votre épouse découvrira votre véritable visage. Elle découvrira que l’homme avec lequel elle partage sa vie passe son temps à suivre une autre femme.
Akim se leva brusquement. La chaise racla violemment le sol. Il contourna la table en quelques pas. Je n’eus même pas besoin de me lever. Il arriva sur moi avec une rage incontrôlée. Je me décalai juste assez pour éviter son premier mouvement, puis le repoussai d’une main contre le bord de la table. Il recula.
Je ris. Pas parce que la situation était drôle. Parce que je venais de comprendre que j’avais vu juste. Il avait perdu. Pas son enquête. Son masque.
— Voilà. C’est exactement ce que je voulais voir.
Il me fixa, le souffle court.
— Si vous n’aviez pas existé… je me serais présenté à Alina.
Je restai silencieux quelques secondes. Puis je ris doucement.
— Et vous auriez fait quoi ? Vous lui auriez raconté que vous la surveilliez depuis des années parce que vous étiez amoureux d’elle ? Vous auriez essayé de la séduire ? Ou vous vouliez simplement en faire votre maîtresse ?
Son visage se crispa.
— Je l’aime.
— Vous appelez ça de l’amour ? Vous la suivez. Vous la photographiez. Vous connaissez ses habitudes sans qu’elle vous ait jamais demandé de les connaître. Vous ne l’aimez pas. Vous voulez la posséder.
Akim inspira profondément.
— Je la connais depuis bien plus longtemps que vous. Bien avant que vous connaissiez votre épouse. C’est moi qui aurais dû être à votre place.
Je le regardai longuement. Puis je m’approchai suffisamment pour que ma voix ne soit plus qu’un murmure.
— Non, Akim. Vous n’avez jamais eu sa place. Parce qu’Alina ne vous a jamais choisi.
La porte s’ouvrit brusquement. Le lieutenant apparut sur le seuil, le visage fermé.
— Ça suffit.
Akim se retourna immédiatement.
— Lieutenant, vous n’avez pas…
— J’ai dit que ça suffisait, inspecteur.
Le ton employé ne laissait aucune place à la discussion. Je me rassis lentement, rajustant le poignet de ma chemise comme si cette interruption ne me concernait pas. Pourtant, intérieurement, je sentais la tension retomber.
Le lieutenant entra complètement dans la pièce et referma la porte derrière lui. Son regard passa d’Akim à moi.
— Le convoi a été inspecté.
Akim se figea.
— Et ?
Le lieutenant prit une inspiration.
— Il n’y avait aucune arme. Seulement des matériaux de construction.
Je ne pus empêcher un sourire de se dessiner sur mes lèvres. Évidemment.
— C’est pourtant simple, dis-je calmement. L’entreprise Volkov devait faire livrer des matériaux pour le chantier de l’hôtel dans lequel nous avons investi.
Akim secoua la tête.
— C’est faux. Je vous ai vu dans cet entrepôt. Vous étiez avec Vladimir Ivanov. Vous savez très bien ce que vous faisiez là-bas. Vous dirigez la mafia ensemble !
Le lieutenant ferma les yeux quelques secondes, visiblement exaspéré. Moi, je restai parfaitement calme.
— Voilà une accusation particulièrement grave. Et particulièrement mensongère.
Je me levai. Je remis ma veste en place avant de poursuivre.
— Vous pouvez enquêter sur mes affaires. Vous pouvez poser des questions. Mais si vous commencez à accuser publiquement des personnes sans la moindre preuve, vous allez rapidement découvrir les conséquences de vos paroles. Vladimir Ivanov est un homme respectable. Vous venez de l’accuser de diriger une organisation criminelle sans présenter la moindre preuve. Je pourrais parfaitement porter plainte pour diffamation.
Akim serra les mâchoires.
— Je ne m’arrêterai pas là. Je continuerai à vous surveiller.
Cette fois, le lieutenant intervint.
— Non.
Akim se retourna vers lui.
— Lieutenant ?
— Vous ne surveillerez plus personne.
Le silence devint soudain étrange. Le lieutenant plongea la main dans la poche intérieure de sa veste et en sortit un document.
— Vous êtes suspendu avec effet immédiat.
Le visage d’Akim se décomposa.
— Quoi ?
— Vous avez entendu.
— Mais cette enquête…
— Est terminée pour vous.
Akim regarda le document comme s’il refusait de croire ce qu’il venait d’entendre.
— Vous ne pouvez pas faire ça.
— Je viens précisément de le faire. Votre arme.
Akim ne bougea pas.
— Lieutenant, je peux expliquer…
— Votre arme, inspecteur.
La voix du lieutenant claqua dans la pièce. Akim finit par détacher son arme de sa ceinture. Il la posa lentement sur le bureau. Le lieutenant désigna ensuite son insigne. Akim resta immobile quelques secondes. Puis il le retira.
Je regardai la scène sans éprouver la moindre satisfaction apparente. Pourtant, au fond de moi, une seule pensée tournait en boucle. Il avait voulu m’humilier devant Alina. Il avait voulu me voir menotté. Il avait voulu faire de moi le criminel devant lequel elle devait être sauvée. Et maintenant, c’était lui qui sortait de ce commissariat sans arme, sans insigne et sans enquête.
Akim me lança un dernier regard. Il était rempli de haine. Je lui répondis par un sourire tranquille.
— Bonne soirée, inspecteur.
Il ne répondit pas. Il tourna les talons et quitta la pièce. La porte se referma derrière lui. Enfin. Le silence revint.
Le lieutenant soupira avant de se tourner vers moi.
— Monsieur Volkov… je tiens à vous présenter mes excuses. Cette arrestation n’aurait jamais dû avoir lieu dans ces conditions. Nous aurions dû vérifier davantage les éléments de cette enquête avant de vous faire arrêter publiquement.
Je glissai les mains dans les poches de mon pantalon.
— J’apprécie vos excuses.
Le lieutenant hocha la tête.
— Nous allons également revoir nos procédures de recrutement et de contrôle. La prochaine fois, nous vérifierons beaucoup mieux qui nous laissons entrer dans la police.
Je lui adressai un regard sérieux.
— Je vous le conseille.
Lorsque je franchis les portes du commissariat, l’air frais de la nuit me frappa le visage. Je m’arrêtai quelques secondes sur les marches. Tout était terminé. Akim n’avait plus son arme, plus son insigne et surtout plus aucune raison officielle de m’interroger. Pourtant, je n’arrivais pas à me débarrasser de cette tension qui me comprimait la poitrine. Parce qu’une seule chose occupait mes pensées.
Alina.
Je descendis les marches et aperçus Sergei près de la voiture. Il m’attendait, les mains dans les poches de son manteau. À peine arrivé à sa hauteur, il me regarda de haut en bas.
— Tout est réglé ?
— Oui.
Il hocha lentement la tête.
— Et tu savais qu’ils allaient t’arrêter ?
Je lui adressai un regard amusé.
— Sergei… j’ai toujours un coup d’avance.
Il souffla, presque amusé.
— Évidemment.
Je m***ai dans la voiture. Sergei prit place derrière le volant. Avant même qu’il ne démarre, je me tournai vers lui.
— Prépare une conférence de presse pour demain.
Il fronça les sourcils.
— Dès demain ?
— Dès demain. Je veux que cette histoire soit éclaircie publiquement. L’arrestation, les accusations, le fameux convoi… tout.
— Compris.
La voiture démarra. Les lumières de la ville défilaient derrière la vitre, mais je ne les regardais presque pas. Chaque minute qui passait me rapprochait d’elle. Je voulais simplement retrouver ma femme. La serrer contre moi. Voir ses yeux. M’assurer qu’elle allait bien.
Lorsque nous arrivâmes au manoir, le silence qui régnait habituellement sur la propriété semblait encore plus profond. Je descendis rapidement de la voiture. À peine eus-je franchi les portes que plusieurs visages se tournèrent vers moi. Ma tante se leva immédiatement. Olga poussa un soupir de soulagement. Vladimir me regarda avec cette expression qu’il réservait aux situations où il était prêt à tuer quelqu’un avant même de poser une question. Et Anya… Anya semblait particulièrement soulagée.
Je les regardai tour à tour.
— Merci d’être restés.
Puis je cherchai immédiatement un visage.
— Où est Alina ?
Anya répondit doucement :
— Elle s’est endormie il y a environ une heure. Elle voulait venir au commissariat. Elle était très agitée. Elle n’arrêtait pas de demander si tu allais bien.
Je fermai brièvement les yeux. Cette image me serra le cœur.
— Merci d’être restés avec elle.
Je n’attendis pas davantage. Je m***ai les escaliers. Chaque marche me rapprochait d’elle. Lorsque j’ouvris la porte de notre chambre, la lumière tamisée baignait la pièce d’une douce pénombre. Alina dormait. Je restai quelques secondes immobile sur le seuil. Ses traits étaient enfin détendus. Après cette soirée… c’était tout ce que je voulais voir.
Je refermai doucement la porte derrière moi. Je déposai ma veste sur un fauteuil, retirai ma chemise et m’approchai du lit. Je me glissai derrière elle avec précaution. Puis je passai un bras autour de sa taille. Je la rapprochai doucement contre moi. Son parfum familier m’envahit immédiatement. Je déposai un ba**er sur son épaule. Je fermai les yeux. Enfin.
Elle bougea légèrement.
— Alexei… ?
Sa voix était encore ensommeillée. Je souris contre son épaule.
— Dors.
Elle se retourna pourtant vers moi. Ses yeux cherchèrent immédiatement les miens.
— Je veux des explications. Tu m’avais dit que cet inspecteur ne pouvait rien contre toi.
Sa voix tremblait légèrement. Je passai mes doigts dans ses cheveux.
— Parce qu’il n’avait rien, Alina.
— Mais il t’a arrêté.
— Oui. Et quelques heures plus t**d, je suis libre. Tout s’est bien passé. Le convoi a été inspecté. Il n’y avait rien de ce qu’il prétendait avoir trouvé. Akim a été suspendu.
Ses yeux s’écarquillèrent.
— Suspendu ?
— Oui. Et demain, je ferai une conférence de presse pour expliquer tout ce qui s’est passé.
Elle sembla enfin respirer un peu mieux. Je la rapprochai contre moi.
— Mais maintenant… je ne veux plus parler de lui. Je veux simplement t’avoir dans mes bras.
Son visage se blottit contre mon torse. Je sentis ses doigts agripper doucement le tissu de mon pantalon.
— J’ai eu tellement peur…
Ces quelques mots me firent plus mal que toutes les accusations de la soirée. Je baissai la tête vers elle.
— Je suis là. Je suis là, Alina.
Elle releva les yeux vers moi. La peur était encore présente dans son regard. Alors je l’embrassai. Un ba**er profond, chargé de tout ce que je n’avais pas pu lui dire au milieu de cette salle remplie de monde. Elle répondit immédiatement. Ses bras passèrent autour de mon cou. Je la serrai davantage contre moi.
Elle se mit à califourchon sur moi. Ses cuisses chaudes et douces encadrèrent mes hanches, le tissu fin de sa nuisette frottant légèrement contre ma peau. Ses mains glissèrent déjà vers ma ceinture, déterminées. Je posai les miennes sur sa taille, essayant encore de la raisonner, même si mon corps trahissait déjà mon désir.
— Alina… tu devrais te reposer.
Elle secoua la tête, les yeux sombres, brillants d’une envie qui me fit battre le cœur plus fort.
— Non. On en a besoin tous les deux.
Ses doigts débouclèrent ma ceinture avec une lenteur presque cruelle. Elle ouvrit mon pantalon, libéra mon sexe déjà durement tendu. L’air frais de la chambre contrastait avec la chaleur de sa paume lorsqu’elle m’entoura. Un frisson me parcourut l’échine. Elle me regarda, un sourire à la fois tendre et audacieux aux lèvres.
— Qu’est-ce que tu veux faire ? demandai-je, la voix rauque.
Elle pencha la tête, ses cheveux tombant en cascade sur mon torse.
— C’est à moi de prendre soin de toi ce soir.
Avant que je puisse répondre, elle glissa plus bas. Ses cheveux caressèrent mon ventre, doux comme de la soie. Puis sa bouche chaude s’ouvrit autour de moi.
Un gémissement bas, presque animal, m’échappa. Sa langue, chaude et humide, traça d’abord un chemin lent le long de ma longueur, explorant chaque veine, chaque contour, avant de m’avaler plus profondément. Le plaisir fut immédiat, violent, comme une vague qui me submergeait. Je sentis mes hanches se contracter malgré moi. Mes doigts s’enfoncèrent dans ses cheveux, désireux de la guider plus loin, plus profondément, de la sentir m’avaler entièrement.
— Merde… Alina…
Elle ne s’arrêta pas. Sa langue tournait, suçait, me prenait entièrement. Chaque mouvement était précis, délibéré, comme si elle savait exactement comment me faire perdre le contrôle. Le plaisir m***ait trop vite, brûlant, presque douloureux dans son intensité. Je serrai les dents, la tête renversée en arrière contre l’oreiller, les yeux fermés. L’odeur de son parfum, mêlée à celle de mon désir, emplissait l’air. Le bruit humide de sa bouche sur moi était obscène et parfait.
— Où est-ce que tu as appris ça… ? soufflai-je, à peine capable de formuler les mots.
Elle releva brièvement les yeux vers moi, mon sexe encore entre ses lèvres brillantes, et répondit d’une voix étouffée, presque taquine :
— C’est un secret.
Puis elle reprit, plus vite, plus fort. Sa main rejoignit sa bouche, pompant en rythme avec ses mouvements. Le plaisir devint presque insupportable. Je sentais chaque succion, chaque coup de langue, chaque frottement de sa paume. L’orgasme grondait déjà, prêt à me submerger. Mes muscles se tendirent. Mes doigts se crispèrent dans ses cheveux.
— Alina… je…
Elle s’arrêta net.
Je laissai échapper un grognement de frustration pure, presque douloureux. Elle releva la tête, les lèvres brillantes, un sourire malicieux aux coins de la bouche. Ses yeux brillaient de victoire douce.
— Tu vois maintenant ce que ça fait… quand on te laisse juste au bord.
Elle retira sa nuisette d’un geste fluide. Le tissu glissa le long de sa peau, révélant ses seins, ses hanches, le ventre encore à peine arrondi où grandissaient déjà nos enfants. La faible lumière de la chambre caressait chaque courbe, chaque ombre. Elle était magnifique. À moi. Entièrement. Je la regardai comme un homme assoiffé regarde de l’eau.
Puis elle se remit à califourchon sur moi. Ses genoux s’enfoncèrent dans le matelas de chaque côté de mes hanches. La chaleur de ses cuisses contre ma peau me fit frissonner. Elle prit mon sexe dans sa main, me guida contre son entrée déjà trempée. Je sentis la chaleur de son intimité contre mon gland. Puis elle s’abaissa lentement.
Un gémissement guttural m’échappa lorsque sa chair m’enveloppa. Elle prit tout mon sexe en elle, centimètre après centimètre, jusqu’à ce que je sois enfoui jusqu’à la garde. Ses ongles s’enfoncèrent légèrement dans mon torse. Ses yeux se fermèrent un instant, la bouche entrouverte, un petit gémissement s’échappant de ses lèvres.
— Alexei…
Je posai mes mains sur ses hanches, les doigts crispés, la retenant un moment pour savourer la sensation. Le plaisir était presque trop intense. Je sentais chaque contraction de son sexe autour du mien, chaque battement de son cœur.
— Ne bouge pas… laisse-moi te sentir. Juste comme ça.
Elle obéit. Nous restâmes ainsi plusieurs longues secondes, unis, respirant l’un contre l’autre. Je sentais les battements de son cœur contre ma poitrine. Je sentais la chaleur de son sexe qui se contractait autour de moi, déjà proche du bord. Son parfum, mêlé à l’odeur de notre désir, emplissait l’air. Je déposai un ba**er sur son collier, sur son épaule, sur le coin de sa bouche.
— Tu es si parfaite… tellement à moi.
Puis elle commença à bouger.
Lentement d’abord. Des va-et-vient doux, profonds, qui me firent grincer des dents de plaisir. Chaque descente l’empalait complètement. Chaque remontée me faisait frissonner jusqu’à la base de ma colonne. Je la regardais, fasciné par la façon dont son corps ondulait au-dessus du mien, par l’expression de pure jouissance sur son visage, par la façon dont ses seins rebondissaient légèrement à chaque mouvement.
— Plus fort…, murmura-t-elle.
Je laissai mon instinct prendre le dessus. Mes mains glissèrent sous ses fesses, la soulevant et la rabaissant sur mon sexe avec plus de force. Le bruit de nos peaux qui s’entrechoquaient emplit la chambre. Le plaisir m***ait, brûlant, presque douloureux dans son intensité. Je la sentais se resserrer autour de moi, de plus en plus près de l’orgasme. Ses gémissements devenaient plus aigus, plus désespérés.
— Alexei… je…
— Pas encore, soufflai-je contre sa peau. Attends-moi.
Je me redressai, capturant un téton entre mes lèvres, le suçant, le mordillant. Elle jeta la tête en arrière, un cri étouffé s’échappant de sa gorge. Je passai à l’autre sein, tandis que mes hanches prenaient le rythme, la prenant plus profondément, plus sauvagement. Chaque coup de reins la faisait gémir mon nom.
— Tu es à moi, Alina. À personne d’autre qu’à moi.
Elle gémit en réponse, les ongles s’enfonçant dans mes épaules. Le plaisir devenait presque insupportable. Je sentais chaque contraction de son sexe, chaque frisson qui la traversait. Je savais qu’elle était au bord. Moi aussi.
— Jouïs pour moi, Alina. Maintenant. Laisse-toi aller.
Elle obéit. Son corps se tendit violemment, un long gémissement s’échappa de ses lèvres tandis que son sexe se contractait en vagues puissantes autour du mien. Les spasmes de son orgasme me submergèrent, me tirant avec elle. Je la serrai contre moi, enfoui jusqu’au plus profond, et me libérai en elle avec un grognement guttural, la remplissant, la marquant encore une fois comme mienne. Le plaisir fut si intense que ma vision se brouilla un instant.
Nous restâmes ainsi, tremblants, essoufflés, collés l’un à l’autre. Je caressai son dos, déposai des ba**ers sur son épaule, dans son cou, sur ses lèvres. Son souffle chaud contre ma peau. Son corps encore contracté autour du mien.
Je la gardai contre moi, les bras serrés autour de sa taille, et fermai les yeux.
Cette nuit, rien d’autre n’existait.
Que nous.
Que ce moment.
Que le fait qu’elle était enfin de nouveau dans mes bras.