08/08/2026
MUSGUM & GUIZIGA : UNE HISTOIRE ANCIENNE AU CŒUR DU DIAMARÉ
Quand on évoque les relations entre les Musgum et les Guiziga, on ne parle pas simplement de deux peuples vivant aujourd’hui dans l’Extrême-Nord du Cameroun. Leur histoire révèle des déplacements anciens, des rencontres, des périodes de cohabitation et des intégrations qui ont largement contribué à façonner le peuplement du Diamaré et de Maroua.
Parmi les groupes qui permettent de mieux comprendre cette histoire figurent les Murgur, également appelés Mulgor ou Molgwor.
Dans son étude Les Murgur ou l’identification ethnique par la forge, le géographe Christian Seignobos rapporte que les traditions des Murgur situent leur origine à Muskun, sur la rive orientale du Logone, ou dans le pays Muzuk. Pour certains de ses informateurs, Muskun et Muzuk étaient pratiquement synonymes, Muzuk étant associé à des groupes musgum.
🛤️ DU LOGONE VERS LE DIAMARÉ
Au fil des migrations, certaines de ces populations quittèrent les régions du Logone et du pays Muzuk pour se diriger vers Guirvidig, Balda, Marva (Maroua) puis vers les piémonts des monts Mandara.
C’est dans cette dynamique migratoire que les histoires musgum et guiziga vont progressivement se rencontrer.
Les Murgur se seraient notamment installés dans plusieurs localités autour de Marva, parmi lesquelles Mekeri, Dogba, Molkwo, Mawasl et Mboku.
Certaines traditions rapportées par Seignobos racontent même qu’au moment de l’arrivée des Murgur, Marva n’était encore qu’un village. Elles évoquent ensuite leurs relations avec les Bi-Marva, considérés comme les ancêtres politiques des Guiziga de Maroua.
🔨 LA FORGE, UN SAVOIR QUI A TRAVERSÉ LES PEUPLES
Les Murgur étaient particulièrement connus pour leur maîtrise du travail du fer. Leur savoir-faire dans la réduction du minerai et la forge était reconnu dans une grande partie de la région au nord de Maroua.
Cette activité leur permit de conserver une identité particulière malgré leur dispersion.
Mais au fil du temps, certains Murgur se rapprochèrent progressivement des Guiziga. Seignobos évoque notamment des Murgur « entrés chez les Giziga » et indique que certains groupes avaient adopté la langue miziga.
Les liens ne se limitaient pas à la langue. Des relations rituelles auraient également perduré : certains Murgur participaient aux sacrifices des Bi-Marva, échangeaient avec eux et apportaient des étoffes lors des deuils de leurs chefs.
L’auteur J. Mouchet avait même proposé de considérer les Murgur comme une branche « Mulgor des Marva ». Seignobos rapporte cette idée tout en soulignant que la réalité historique est certainement plus complexe.
🌍 MAROUA, UN CARREFOUR DE PEUPLES ET DE MÉMOIRES
L’histoire ancienne de Maroua montre qu’elle n’a pas toujours été un espace homogène. L’Atlas de la province de l’Extrême-Nord Cameroun présente Maroua comme une véritable plaque de redistribution des populations, traversée par différents groupes avant la formation des ensembles que nous connaissons aujourd’hui.
Les recherches de Jeanne-Françoise Vincent sur la fondation de Marva montrent également que le peuplement guiziga s’est construit à travers plusieurs migrations, clans et recompositions.
Aujourd’hui encore, cette diversité demeure visible dans le paysage humain de Maroua et du Diamaré, où vivent notamment de nombreuses communautés guiziga et musgum.
🤝 UNE HISTOIRE QUI NOUS RAPPROCHE
L’histoire Musgum–Guiziga nous rappelle une réalité importante : les peuples de l’Extrême-Nord ne se sont pas construits derrière des frontières totalement fermées.
Les migrations venues du Logone et du pays Muzuk, les rencontres avec les populations du Diamaré, les alliances, les échanges, la forge, les langues et les différentes formes de cohabitation ont progressivement contribué à façonner notre histoire régionale.
Musgum et Guiziga ont chacun leur identité, leurs traditions et leur mémoire. Mais certaines pages de leurs histoires se rencontrent depuis des siècles, entre le Logone, Guirvidig, Balda et Maroua.
💬 Amis Musgum et Guiziga, que racontent vos traditions familiales sur les Murgur, les Bi-Marva, Guirvidig, Balda ou l’ancienne Marva ?
Partageons nos récits et nos mémoires. Ils peuvent nous aider à mieux comprendre notre histoire commune et le patrimoine de notre région. ❤️
Source : Ziba di Musgum