04/06/2024
Et puis m***e, Aya n'a qu'à mourir. Débutons par un foutu jeu de mots tout pourri. Une blague lourde, un truc de mauvais comique. Le clou du spectacle entre les phalanges au sens propre. Bien sûr qu’il ne s'agit pas de la tuer naturellement. Un crime au premier degré ? Nous avons des valeurs à défendre. Du moins pas ici, soyons discrets. Sachons garder les bonnes manières. Qui voudrait tuer une sœur qui fait la fierté de la communauté ?
A part quelques colonialistes parisiens qui nourrissent ce fantasme que les droits de l'homme protègent.
Les paroles de cette chère Aya font le tour de la pièce pendant qu'Adriana Mballa-Etoundi, Miss Univers se fait une pédicure en donnant du sens à ces phrases détachées qui passent généralement inaperçues. La playlist révélatrice du mal être de nos sœurs, de nos filles et de nos femmes dans toute sa splendeur, écouter Aya c’ est s’inscrire en master de psycho. Tous les non-dits de cette société dans un groove entrainant.
J'ai moi-même dansé sur un bout d'un de ces tracks populaires dont je ne connaîtrais peut-être jamais le titre. Bref, je suis venu voir un pote, un bro, un frère. Ça fait un bout. Et je lui ai royalement servi l'impolitesse d’avoir pointé absent à son mariage. Je crois lui avoir sorti un pigeon du chapeau. Un vrai truc de prestidigitateur à qui on excuse le tour de magie en famille.
L'atmosphère est électrique, mais la magie de la bière déjoue les pronostics d'un mauvais samedi chez les jeunes mariés. Je n'arrive pas à me laisser aller, je revois ces moments dix ans plus tôt. Et nous voici dans la fin de la trentaine écoutant le signal le plus pur de la pop telle que nous l'avons vomi, vingt ans plus tôt. Je suis dans l'obligation de lui avouer que Pete Rock me manque, mais j'hésite. Je crois que je suis happé par la voix cette Aya qui ne mourra pas.
Il y a quelque chose magnétique dans les voix de cette cantatrice dont les textes sont construits avec l'essence la plus aboutie des frustrations d'une génération de femmes. Un subtil mélange de motivation song et revival dirty gospel. L'émancipation et le féminisme sont passé par là. Les murs humides de ces batailles dont la victoire se vit dans le lexique viril d’un bah ouais sur des talons aiguilles Fendi. L'homme, le mec est un produit sur une étagère, il entre dans la recette du bien-être à dose homéopathique, telle que conçu par les gourous qui idéalisent la femme forte d'aujourd'hui, la Aya, la Nakamura.
Bref, je suis chez des amis. Du moins chez un ami et sa femme. Je feins de ne rien observer, nous buvons des bières, cette fois ce ne sera pas en écoutant Wu Tang Clan. Il est marié et nous écoutons désormais le rap de manière clandestine dans sa voiture. Cette chère Adrienne lui a volé un bout de nous. A moins que lâchement, il se soit mis dans la peau de ceux qui renoncent pour un « Oui Je Le Veux » sans conviction profonde, ces « oui je le veux » qui sonnent comme un adieu. Il lui a offert un nom avec trait d'union et il fera ce qu'il faudra pour que cela ne change pas. C'est légitime.
Il se lève et s'excuse, il rentre dans la maison et je profite pour rapidement lire mes messages. Les voix s'élèvent derrière la baie vitrée. Je décapsule la prochaine bière en attendant que la voix d’Aya reprenne le dessus sur ce qui peut me sembler banal. La routine de cette façon d'aimer d'un nouveau genre : contractuelle. Nous sommes en fin d'après-midi, le soleil permet de faire des magnifiques selfies. C'est cela le cynisme du samedi après-midi. Certains regardent, le championnat anglais à la télévision et d'autres enterrent leurs parents. Une heure plus t**d, il revient. On est des hommes, on se comprend. Au diable au JAJA...
Bon Mardi.