29/08/2026
𝐀𝐑𝐂𝐇𝐈𝐓𝐄𝐂𝐓𝐔𝐑𝐄 / 𝐏𝐀𝐓𝐑𝐈𝐌𝐎𝐈𝐍𝐄 𝐏𝐑𝐎𝐅𝐄𝐒𝐒𝐈𝐎𝐍𝐍𝐄𝐋
𝐋𝐀𝐔𝐑𝐄𝐍𝐂𝐄 𝐍𝐆𝐎𝐒𝐒𝐎, 𝐂𝐄𝐋𝐋𝐄 𝐏𝐀𝐑 𝐐𝐔𝐈 𝐋𝐄𝐒 𝐅𝐄𝐌𝐌𝐄𝐒 𝐒𝐎𝐍𝐓 𝐄𝐍𝐓𝐑𝐄́𝐄𝐒 𝐃𝐀𝐍𝐒 𝐋'𝐀𝐑𝐂𝐇𝐈𝐓𝐄𝐂𝐓𝐔𝐑𝐄 𝐂𝐀𝐌𝐄𝐑𝐎𝐔𝐍𝐀𝐈𝐒𝐄
Diplômée de l'École Spéciale d'Architecture de Paris en 1982, elle est la première femme architecte du Cameroun et la première femme noire à avoir siégé au Conseil de l'Union Internationale des Architectes. Quarante ans plus t**d, les femmes ne représentent que 14,5 % des architectes inscrits à l'Ordre.
⸻
𝐋𝐞 𝟐𝟕 𝐣𝐮𝐢𝐧 𝟏𝟗𝟖𝟑, une jeune femme de la région du Littoral franchit les portes du ministère de l'Équipement. Elle y prend ses fonctions d'assistante du Directeur de la Construction, architecte lui-même. Elle a été diplômée l'année précédente de l'École Spéciale d'Architecture de Paris et vient de rentrer au pays. Personne, ce jour-là, ne parle d'événement historique. C'en est un : Laurence Ngosso est la première femme architecte du Cameroun.
L'histoire officielle de la profession est pourtant bien établie. Elle commence en 1959, avec le retour au pays d'Émile-Joseph Moukoury Mouellé, premier architecte camerounais, diplômé de la même École Spéciale d'Architecture de Paris. Elle se poursuit en 1962 avec le premier tableau, où figurent Jacques Nsanguè Akwa, Bebey Black et le Français Armand Salomon, puis en 1975 avec le décret n° 075/12 du 8 décembre qui crée l'Ordre National des Architectes du Cameroun.
Vingt-trois ans séparent le retour de Moukoury Mouellé de celui de Laurence Ngosso. Même école, même geste : rentrer pour construire ici. Le premier nom est connu de tous les étudiants en architecture du pays. Le second, presque d'aucun.
𝐃𝐄𝐒 𝐂𝐇𝐀𝐍𝐓𝐈𝐄𝐑𝐒 𝐐𝐔𝐈 𝐎𝐍𝐓 𝐅𝐀𝐂̧𝐎𝐍𝐍𝐄́ 𝐃𝐄𝐔𝐗 𝐂𝐀𝐏𝐈𝐓𝐀𝐋𝐄𝐒
Le parcours de Laurence Ngosso ne relève d'aucune figuration. Au ministère de l'Équipement, elle est affectée au contrôle des études et au suivi des chantiers — la partie la plus exposée du métier, celle où les décisions engagent des vies et des budgets publics.
Les opérations qu'elle suit sont parmi les plus lourdes de la période : l'hôpital général de Douala, l'hôpital général de Yaoundé, les immeubles ministériels n° 1 et n° 2.
Sur ce dernier chantier, en 1984, l'équipe se heurte à un obstacle sérieux. Le second sondage du sol révèle un terrain très rocheux, imprévu. Il faut faire appel à un spécialiste en géotechnique, qui préconise des fondations spéciales par micro-pieux. L'immeuble ministériel n° 1, que Yaoundé a longtemps surnommé « l'immeuble de la mort » et qui porte aujourd'hui le nom d'immeuble Émergence, doit sa stabilité à cet arbitrage technique.
C'est un détail d'ingénierie. Il dit pourtant l'essentiel sur la nature de sa carrière : elle n'a pas été admise en marge de la profession, elle en a occupé le cœur technique.
« 𝐉𝐄 𝐍'𝐀𝐔𝐑𝐀𝐈𝐒 𝐏𝐀𝐒 𝐌𝐈𝐒 𝐔𝐍 𝐏𝐎𝐓𝐄𝐀𝐔 𝐃𝐄𝐕𝐀𝐍𝐓 𝐋𝐀 𝐅𝐄𝐍𝐄̂𝐓𝐑𝐄 »
L'accueil, lui, ne fut pas toujours à la hauteur. Laurence Ngosso raconte volontiers cette scène, sur un chantier d'Up Station, à Bamenda. Un aîné de la profession juge qu'elle est trop jeune pour prendre part aux échanges. Elle lui répond : « C'est vrai que je suis jeune, mais je n'aurais pas mis un poteau devant la fenêtre. »
La réplique est devenue une manière de méthode. Selon elle, la femme architecte a beaucoup à prouver pour se faire accepter, mais elle doit convaincre par sa compétence et non par sa féminité. Refusant ce qu'elle appelle la fausse modestie, elle s'est battue pour tenir sa place dans un milieu alors entièrement masculin.
Cette exigence l'a portée au-delà des frontières nationales. Laurence Ngosso est la première femme noire à avoir siégé au Conseil de l'Union Internationale des Architectes — une distinction qui, dans n'importe quel autre pays, figurerait en bonne place dans la communication institutionnelle de l'Ordre.
« 𝐓𝐑𝐎𝐏𝐈𝐂𝐀𝐋𝐈𝐒𝐄𝐑 » 𝐋'𝐀𝐑𝐂𝐇𝐈𝐓𝐄𝐂𝐓𝐔𝐑𝐄
Sur le fond de la discipline, sa position est nette, et elle a devancé de plusieurs décennies un débat aujourd'hui installé dans les biennales internationales.
« 𝐼𝑙 𝑓𝑎𝑢𝑡 𝑠𝑜𝑟𝑡𝑖𝑟 𝑑𝑒 𝑙'𝑖𝑛𝑡𝑒𝑟𝑛𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙𝑖𝑠𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑙'𝑎𝑟𝑐ℎ𝑖𝑡𝑒𝑐𝑡𝑢𝑟𝑒 𝑒𝑡 𝑏𝑒𝑎𝑢𝑐𝑜𝑢𝑝 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑙𝑎 𝑡𝑟𝑜𝑝𝑖𝑐𝑎𝑙𝑖𝑠𝑒𝑟, 𝑑𝑒́𝑐𝑙𝑎𝑟𝑒-𝑡-𝑒𝑙𝑙𝑒. 𝐿𝑒 𝐶𝑎𝑚𝑒𝑟𝑜𝑢𝑛 𝑒𝑠𝑡 𝑡𝑟𝑒̀𝑠 𝑟𝑖𝑐ℎ𝑒 𝑒𝑡 𝑛𝑜𝑢𝑠 𝑑𝑒𝑣𝑜𝑛𝑠 𝑝𝑢𝑖𝑠𝑒𝑟 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑛𝑜𝑡𝑟𝑒 𝑝𝑎𝑡𝑟𝑖𝑚𝑜𝑖𝑛𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟 𝑒𝑛𝑟𝑖𝑐ℎ𝑖𝑟 𝑛𝑜𝑠 𝑐𝑟𝑒́𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑎𝑟𝑐ℎ𝑖𝑡𝑒𝑐𝑡𝑢𝑟𝑎𝑙𝑒𝑠 𝑎𝑓𝑖𝑛 𝑑𝑒 𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒𝑟 𝑑𝑒 𝑙'𝑜𝑟𝑖𝑔𝑖𝑛𝑎𝑙𝑖𝑡𝑒́ 𝑒𝑡 𝑠𝑢𝑟𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑢𝑛𝑒 𝑚𝑎𝑟𝑞𝑢𝑒 𝑖𝑑𝑒𝑛𝑡𝑖𝑡𝑎𝑖𝑟𝑒. »
C'est précisément la thèse que défendent aujourd'hui les architectes africaines les plus en vue. Lesley Lokko, commissaire de la 18e Biennale d'architecture de Venise en 2023 et première femme africaine à recevoir la Royal Gold Medal du RIBA en 2024, a placé l'Afrique et sa diaspora au centre de l'événement. La Nigérienne Mariam Issoufou Kamara construit en terre crue et en matériaux locaux. La Marocaine Salima Naji restaure greniers collectifs et architectures de terre. Laurence Ngosso le disait déjà, depuis Yaoundé, avant que le discours ne devienne audible.
𝐐𝐔𝐀𝐑𝐀𝐍𝐓𝐄 𝐀𝐍𝐒 𝐀𝐏𝐑𝐄̀𝐒 : 𝟏𝟒,𝟓 %
Le contraste avec la situation actuelle est brutal.
À l'occasion de son cinquantenaire, célébré du 5 au 10 mai 2025 au Palais des Congrès de Yaoundé, l'Ordre National des Architectes du Cameroun a rendu publics ses effectifs : 663 architectes inscrits depuis 1962, dont 419 en activité, répartis dans 81 cabinets. Les femmes en représentent 14,5 %.
Quarante-trois ans après le diplôme de Laurence Ngosso, moins d'un architecte camerounais sur sept est une architecte.
Le phénomène n'est pas propre au Cameroun, mais son ampleur y est plus forte. En France, où la donnée est finement suivie, les femmes constituent environ 61 % des étudiants des écoles nationales supérieures d'architecture et la moitié des diplômés, mais seulement 34 % des inscrits à l'Ordre et 28 % des architectes libéraux. Le rapport le plus révélateur y est le suivant : une diplômée sur quatre s'inscrit à l'Ordre, contre un diplômé sur deux.
La déperdition ne se produit donc pas à l'entrée de l'école. Elle se produit après le diplôme, au moment du passage à l'exercice en nom propre.
Un élément, au Cameroun, peut modifier cette trajectoire. Depuis 2021, le tableau de l'Ordre accueille les premiers architectes formés dans le pays. La formation n'est plus délocalisée : la composition du tableau de 2040 se joue désormais dans les écoles nationales, et donc à portée directe des politiques publiques et des instances professionnelles.
𝐂𝐄 𝐐𝐔𝐈 𝐑𝐄𝐒𝐓𝐄 𝐀̀ 𝐅𝐀𝐈𝐑𝐄
Trois chantiers s'imposent. Publier chaque année la part des femmes au tableau, par tranche d'âge et par mode d'exercice, car on ne corrige pas ce que l'on ne mesure pas. Documenter et archiver les trajectoires des architectes camerounaises, dont une large part demeure absente des sources écrites. Accompagner enfin le passage du diplôme à l'inscription, là où se produit la perte.
Le continent dispose de précédents institutionnels : Fatoumata Barry, première femme architecte de Guinée, a présidé l'Ordre national des architectes de son pays de 2016 à 2018 ; Maliam Mdoko préside l'Institut des architectes du Malawi ; l'Ordre congolais s'est doté d'une commission genre.
Reste le geste le plus simple, et le moins coûteux : dire le nom. Une profession capable de dater le retour de son premier architecte à l'année près devrait pouvoir en faire autant pour sa première consœur. C'est à cette condition qu'une étudiante entrant en atelier saura que la voie existe — et qu'une femme l'a ouverte avant elle.
𝐸́𝑑𝑖𝑡ℎ 𝐹𝑙𝑎𝑢𝑟𝑒 𝑀𝐼𝑃𝑂 𝑇𝐶𝐻𝐼𝑁𝐾𝑂𝑈 𝐴𝑟𝑐ℎ𝑖𝑡𝑒𝑐𝑡𝑒, 𝑂𝑁𝐴𝐶 𝑁° 412 𝐶𝑜𝑛𝑠𝑒𝑖𝑙𝑙𝑒̀𝑟𝑒 𝑡𝑖𝑡𝑢𝑙𝑎𝑖𝑟𝑒 𝑐ℎ𝑎𝑟𝑔𝑒́𝑒 𝑑𝑒 𝑙𝑎 𝐶𝑜𝑚𝑚𝑢𝑛𝑖𝑐𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛, 𝑑𝑢 𝑀𝑎𝑟𝑘𝑒𝑡𝑖𝑛𝑔, 𝑑𝑒𝑠 𝑅𝑒𝑙𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑠 𝑝𝑢𝑏𝑙𝑖𝑞𝑢𝑒𝑠 𝑒𝑡 𝑑𝑢 𝑆𝑖𝑡𝑒 𝑤𝑒𝑏 𝑑𝑒 𝑙'𝑂𝑟𝑑𝑟𝑒 𝑁𝑎𝑡𝑖𝑜𝑛𝑎𝑙 𝑑𝑒𝑠 𝐴𝑟𝑐ℎ𝑖𝑡𝑒𝑐𝑡𝑒𝑠 𝑑𝑢 𝐶𝑎𝑚𝑒𝑟𝑜𝑢𝑛