06/02/2025
: La Piste Du Nord
Le nom d’Adama résonnait dans l’esprit d’Aminata comme un coup de tonnerre. Son frère, son protecteur, celui qui l’avait toujours soutenue, impliqué dans une affaire aussi sombre ?
— « Adama ? Non, c’est impossible », murmure a-t-elle, presque pour elle-même.
Moussa posa une main ferme sur son épaule.
— « Écoute, je ne sais pas encore à quel point il est impliqué, mais son nom est apparu dans les communications internes de La Cité Verte. Il semble qu’il travaille pour eux depuis plusieurs mois. »
Aminata secoua la tête, refusant d’y croire.
— « Non, Adama n’est pas comme ça. Il n’est pas corrompu. S’il a fait quelque chose, il devait avoir ses raisons. »
Fatoumata, qui observait la scène en silence, intervint :
— « Aminata, que ce soit vrai ou non, tu dois aller au fond de cette affaire. Mais tu ne pourras pas le faire en restant ici. Moussa a raison : il faut partir. »
Après avoir récupéré quelques affaires essentielles, Aminata, Fatoumata, et Moussa décidèrent de quitter Abidjan avant l’aube. Moussa avait réussi à trouver une vieille voiture discrète pour leur voyage.
— « On va prendre des routes secondaires », expliqua-t-il. « Ce sera plus long, mais on évitera les barrages où ils pourraient nous attendre. »
La route vers Odienné était sinueuse et poussiéreuse, bordée de paysages tantôt verdoyants, tantôt arides. Pendant le trajet, Aminata ne pouvait s’empêcher de repenser à son frère. Adama était parti vivre à Odienné il y a deux ans, acceptant un poste dans une société de gestion de projets. À l’époque, il lui avait assuré qu’il s’agissait d’un emploi stable et honnête.
— « Et si c’était un piège ? » demanda-t-elle soudain.
— « Quoi ? » répondit Moussa, en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur.
— « Adama… et ce voyage. Et si La Cité Verte savait que nous allions venir et utilisait mon frère pour m’attirer dans un piège ? »
Moussa fronça les sourcils mais ne répondit pas immédiatement. Fatoumata posa une main rassurante sur celle d’Aminata.
— « Tu ne peux pas penser comme ça. Si tu commences à douter de tout, tu n’avanceras jamais. Adama est peut-être ta meilleure piste. »
Ils arrivèrent à Odienné en fin de journée. La petite ville semblait paisible, presque endormie, mais Aminata sentait une tension latente. Moussa les conduisit à une auberge discrète à la périphérie, tenue par une connaissance de confiance.
— « On reste ici pour la nuit », dit-il. « Demain, on commence à chercher Adama et à creuser dans cette affaire. »
Alors qu’ils s’installaient, Aminata décida de sortir un moment pour respirer. La chaleur de la journée avait laissé place à une brise douce, mais elle ne pouvait se détendre.
C’est là qu’elle le vit.
Dans l’ombre d’une ruelle, une silhouette familière observait l’auberge. Quand leurs regards se croisèrent, Aminata eut un choc : c’était Adama.
— « Adama ! » cria-t-elle, oubliant toute prudence.
Son frère s’éloigna rapidement, mais Aminata se mit à courir.
— « Arrête-toi ! Je veux te parler ! »
Il hésita un instant, puis s’arrêta dans un coin sombre, hors de vue des passants.
— « Aminata, qu’est-ce que tu fais ici ? » demanda-t-il, visiblement nerveux.
— « Moi ? Qu’est-ce que toi tu fais ici, Adama ? Pourquoi ton nom apparaît dans cette affaire ? »
Il baissa les yeux, évitant son regard.
— « Je ne voulais pas que tu te retrouves mêlée à tout ça… »
— « Alors c’est vrai ? Tu travailles pour eux ? »
Adama soupira profondément.
— « Oui, mais ce n’est pas ce que tu crois. »
— « Explique-moi alors ! Parce que tout ce que je vois, c’est que mon frère fait partie d’une organisation corrompue qui détruit des vies. »
Adama prit une inspiration tremblante.
— « J’ai accepté ce travail parce que je pensais que La Cité Verte allait réellement aider les gens ici. Mais quand j’ai découvert leurs véritables intentions, il était trop t**d. Ils avaient des preuves… des choses contre moi. Je ne pouvais plus partir sans risquer ma vie. »
— « Quelles preuves ? » demanda Aminata, abasourdie.
Adama hésita, puis répondit :
— « Ils m’ont fait signer des contrats où je me porte garant de certaines opérations. Si tout cela éclate, c’est mon nom qui sera sur les documents officiels. Ils peuvent me faire passer pour le cerveau de leurs magouilles. »
Aminata sentit une colère sourde monter en elle.
— « Et tu as laissé faire ? Tu n’as rien tenté pour les arrêter ? »
Adama la fixa, le visage sombre.
— « J’ai essayé, Aminata. Mais ils sont puissants. Ceux qui se mettent en travers de leur chemin disparaissent. »
Il se rapprocha et lui murmura :
— « Tu es en danger, Aminata. Tu dois quitter cette ville. Maintenant. »
— « Non. Je ne partirai pas tant que je n’aurai pas découvert la vérité. »
— « Si tu veux des réponses, il y a une réunion demain soir. La Cité Verte rencontre des investisseurs dans un entrepôt près des anciennes mines. Mais promets-moi une chose : sois prudente. »
Aminata acquiesça, mais elle sentait qu’elle venait de franchir un point de non-retour.