13/12/2024
Chapitre 3 : Hors du temps
Maxime, pris de panique, se précipita vers la porte avant. Sa respiration s’accélérait, et ses jambes fléchissaient sous le poids de la peur. Il agrippa la poignée, l’ouvrit d’un geste désespéré, puis franchit le seuil. Une étrange sensation de vertige l’envahit. Quelques instants plus t**d, il se retrouva… devant la porte arrière.
— Non… non… c’est impossible !, balbutia-t-il, terrifié.
Ses yeux s’écarquillèrent en voyant qu’il avait effectué un trajet circulaire sans le vouloir. L’écho de son cri résonna dans toute la maison, amplifiant le malaise.
Le père, exaspéré et pris par la panique, saisit son arme. Sans hésitation, il pointa la silhouette immobile et tira plusieurs balles dans sa direction. Mais rien. Pas une égratignure sur l’homme mystérieux, malgré les projectiles qui auraient dû le transpercer.
— Qui êtes-vous ?! Que voulez-vous de nous ?! rugit Luc, sa voix tremblante mais teintée de défi.
L’homme, d’un calme glaçant, leur adressa un regard impassible et déclara :
— Asseyez-vous. Écoutez-moi. Vous devez comprendre ce qui se passe.
La famille, encore sous le choc, obéit à contrecœur. Le père, toujours en proie à la confusion, gardait l’arme en main, ses doigts tremblants.
L’homme posa son regard sur chacun d’eux, puis parla d’une voix profonde et énigmatique :
— Le réveil peut être parfois très déconcertant, n’est-ce pas ? Vous devez savoir que le monde extérieur n’existe plus pour vous. Vous êtes plus proches de la réalité que vous ne l’avez jamais été depuis votre naissance. Votre expérience du vivant a été brutalement interrompue, ce qui explique ma présence ici.
Un silence lourd tomba sur la pièce. Les visages se figèrent, certains entre la peur, d’autres entre la colère ou l’incrédulité.
— Du point de vue de vos proches et connaissances, continua l’homme, vous n’êtes plus vivants. Votre père, ici présent, est mort sur le coup après l’annonce de Ferdinand. Quant à vous autres… Vous avez embarqué dans un véhicule, tentant de chercher de l’aide. Mais votre route s’est arrêtée dans un ravin. Vous êtes tous morts sur le coup.
Ces mots frappèrent les esprits comme un coup de tonnerre. Quelques bribes de souvenirs revinrent, flous et fragmentés. La douleur d’un impact. Une lumière éblouissante. Et ce vide…
Luc fronça les sourcils, secouant la tête.
— Vous mentez. Si c’était vrai, alors prouvez-le !
L’homme esquissa un sourire impassible.
— Regardez vos montres.
Ils baissèrent les yeux. Ceux qui en portaient constatèrent, abasourdis, que les secondes défilaient… dans le sens inverse.
— Ce… ce n’est pas possible… murmura Éric.
Le père, jusqu’alors stoïque, s’effondra dans le canapé. Il enfouit son visage entre ses mains, incapable de contenir le poids de la révélation.
Ferdinand, toujours sous le choc, tenta de sortir, espérant échapper à cette prison cauchemardesque. Mais à peine franchit-il la porte arrière qu’il réapparut immédiatement à l’entrée, exactement comme Maxime.
— C’est une farce, c’est ça ? C’est un cauchemar ! hurla Sandrine, les larmes aux yeux.
L’homme recula d’un pas, les observant avec un calme presque inhumain.
— Ce n’est que le début mais je ne peux vous en dire plus maintenant.
L’homme étrange les guida vers la porte arrière du chalet. Alors qu’ils franchissaient le seuil, un sentier s’étendit devant eux, sinueux et mystérieux. Ils étaient certains de ne l’avoir jamais vu auparavant, malgré leurs nombreuses visites au chalet. Une brume flottait dans l’air, rendant l’atmosphère à la fois irréelle et oppressante.
« Suivez-moi, » déclara l’homme avec un calme glacial.
Ils obéirent, avançant en silence sur ce chemin inconnu. La marche semblait interminable. Ils ne ressentaient aucune fatigue physique, mais une soif grandissante les tenaillait, dévorant leurs gorges comme un feu ardent.
« Nous avons soif, » implora Sandrine, sa voix brisée par le désespoir.
« De l’eau… s’il vous plaît… » souffla Ferdinand, ses lèvres sèches et craquelées.
L’homme, imperturbable, ne ralentit pas. Il répondit simplement, sans se retourner :
« Ce n’est pas encore le moment. »
À mesure qu’ils progressaient, leurs esprits furent assaillis par des visions troublantes, comme si le voile entre leur monde et une autre réalité s’était levé. Ces visions semblaient puiser dans les secrets de leur existence.
Marie, profondément religieuse, vit une image d’elle-même au centre d’une église. Des fidèles priaient autour de son cercueil, certains récitant des psaumes à voix basse. Un évêque, qu’elle avait toujours admiré, prononçait un éloge poignant en rappelant combien elle avait marqué la vie de sa congrégation. Cette scène la fit vaciller, mais elle murmura une prière pour apaiser son cœur.
Sandrine, en revanche, fut confrontée à une révélation brutale. Elle vit son mari discuter joyeusement avec Mélanie, sa meilleure amie. Leur conversation trahissait une complicité qui dépassait l’amitié. Pire encore, elle entendit son mari annoncer son intention de se remarier rapidement. Sandrine sentit un mélange de douleur et de colère monter en elle.
Luc, sceptique par nature, n’attendait rien de ces visions. Pourtant, ce qu’il vit le bouleversa. Il se tenait devant une assemblée de proches réunis pour ses funérailles. Contrairement à ce qu’il avait toujours imaginé, ce n’était pas de l’indifférence ou des faux-semblants qu’il percevait, mais un amour sincère et profond. Sa femme, qu’il pensait distante et intéressée, pleurait à chaudes larmes. Il l’entendit murmurer, le cœur brisé :
« Si seulement je lui avais dit qu’il allait être papa… Il aurait été si heureux… »
Ces révélations bouleversèrent chacun d’eux à des degrés divers. La soif, déjà insoutenable, s’accentuait avec le poids des émotions et des vérités mises à nu. Certains marchaient en silence, d’autres murmuraient des prières ou des malédictions.
Mais l’homme étrange poursuivait sa marche, imperturbable, les guidant sur ce chemin où l’étrange et le familier se mêlaient dans un chaos oppressant. Malgré tout, ils n’avaient d’autre choix que de le suivre.