18/05/2026
Il y a des livres qu’on lit pour se divertir. Et puis il y a ceux qui vous happent dès les premières lignes, vous enferment dans leurs atmosphères étouffantes et vous obligent à regarder la société en face, sans maquillage ni faux-semblants.
Avec JE…, son nouveau recueil publié aux Les Editions Du Pangolin, Yannick Ethan Kaumbo livre onze nouvelles puissantes, sombres et profondément urbaines, où chaque personnage semble avancer au bord du précipice.
Dans ces pages, Lubumbashi, Kinshasa et les grandes villes congolaises ne sont pas de simples décors. Elles respirent, observent, écrasent parfois. Elles deviennent des terrains de tension où se croisent ambition, désir, corruption, solitude, sexe, violence, pouvoir et survie.
Dès les premières lignes, le lecteur est pris à la gorge. Une femme abandonnée qui sombre dans une hallucination suffocante. Un homme d’affaires prêt à détruire des vies pour conserver son emprise sur sa maîtresse. Un fiancé qui vend sa dignité pour sauver son mariage. Un ingénieur brillant écrasé par la honte et la solitude. Un footballeur prêt à pactiser avec l’invisible avant la finale de sa vie.
Chaque nouvelle agit comme une descente dans les zones troubles de l’âme humaine.
Mais ce qui frappe surtout chez Yannick Ethan Kaumbo, c’est sa manière d’écrire. Une écriture nerveuse, cinématographique, sensorielle. On sent la chaleur des rues, l’odeur du wh**ky, la sueur des corps, les silences lourds, les battements du cœur avant la catastrophe. Le suspense ne repose pas uniquement sur l’action : il naît aussi des émotions, des frustrations et des contradictions des personnages.
Yannick Ethan Kaumbo n’écrit pas depuis une tour d’ivoire. Né et vivant à Lubumbashi, il se définit moins comme un écrivain que comme un observateur de sa société. Et cela se ressent dans chacune de ses histoires. Ses personnages parlent vrai, souffrent vrai, chutent vrai. Ils ressemblent à des gens que l’on pourrait croiser au coin d’une avenue, dans un bureau, dans un taxi ou dans un bar.
Passionné de lecture depuis l’enfance, nourri aussi bien par Zamenga que par Harlan Coben, Gérard de Villiers ou San Antonio, il construit une œuvre singulière où le thriller devient un miroir social. Un miroir brutal, parfois dérangeant, mais terriblement lucide.
Son parcours confirme d’ailleurs l’ampleur de son talent. Lauréat de plusieurs concours littéraires et scénaristiques, vainqueur du prix Zamenga en 2022, finaliste à plusieurs reprises des Plumes congolaises et représentant de la RDC aux Jeux de la Francophonie de 2023, Yannick Ethan Kaumbo s’impose aujourd’hui comme l’une des voix les plus prometteuses de la littérature congolaise contemporaine.
Les lecteurs qui avaient déjà découvert ses thrillers Requiem pour Bahati ou Des roses pour un macchabée retrouveront ici ce qui fait sa force : des intrigues tendues, des personnages ambigus, une noirceur assumée et ce regard incisif sur les hypocrisies de notre société. Mais avec ce nouveau recueil, l’auteur franchit encore un cap. Plus mature, plus audacieux, plus viscéral.
JE… n’est pas un livre qu’on parcourt distraitement. C’est un livre qui se dévore. Une plongée dans des existences où chaque choix peut devenir fatal. Une lecture qui dérange autant qu’elle fascine.
Et peut-être est-ce cela, finalement, la plus grande réussite de Yannick Ethan Kaumbo : nous rappeler que les monstres, les failles et les secrets ne vivent pas seulement dans les romans policiers. Ils vivent aussi dans nos villes, dans nos silences et parfois au fond de nous-mêmes.
Un recueil incontournable pour les amateurs de thrillers psychologiques, de littérature urbaine et de récits qui laissent une empreinte longtemps après la dernière page
Il y a des livres qu’on lit pour se divertir. Et puis il y a ceux qui vous happent dès les premières lignes, vous enferment dans leurs atmosphères étouffantes et vous obligent à regarder la société…