07/29/2025
Le clown
— Hōru Arekusandà
Je vous écris pour dire : « Hé, je suis là »,
pas pour briller, ni jouer les soldats.
C’est ma façon, un peu bancale,
de dire : je me sens anormal.
Invisible, à demi-vivant,
dans le silence — seul, pesamment.
Parfois, j’imagine — c’est dérisoire —
enrouler mon mal dans un mouchoir,
puis le plier, tout doucement,
en un secret incandescent,
une sphère d’ombre et de lumière
à déposer dans votre univers.
Il m’arrive de douter encore
de ce que je ressens, de ce décor.
Nommer l’émoi l’efface un peu,
comme si les mots n’étaient que feu,
qu’un souffle suffit à dissiper
les vérités mal habitées.
Je sens quelque chose… ou son absence.
Un vide ancien, vaste, immense,
plus large que l’horizon nu,
où je me cherche sans aperçu.
Une brèche, un gouffre en expansion —
rien d’ancré, pas même mon nom.
J’ai envie d’écrire. De hurler :
« Vous me manquez ! »,
mais plus encore, dans le cœur serré :
je me manque à moi — à en crever.
Vous est-il arrivé, parfois,
de lâcher une larme sans pourquoi ?
Quand la maison vous reconnaît à peine,
et que le silence vous fait la peine ?
Quand tombe enfin le masque du jour,
que les enfants dorment sans détour,
et que le miroir, dans la salle de bain,
vous rend soudain ce que vous êtes — enfin ?
Je me sens minuscule et flou
dans ce monde qui tourne à genoux,
trop doux, trop lisse pour nos douleurs,
qui s’enlisent derrière les couleurs.
Et dans la foule — comble tragique —
c’est là que la solitude pique.
J’ai appris à bien dissimuler,
peindre mes peurs, les maquiller,
jouer le rôle, tenir la scène —
tout ce qui cache, jamais ce qui saigne.
Mais le masque craque, tôt ou t**d —
et la vérité se fait hagard.
Quand je rentre, et que tout s’efface,
que le silence devient cuirasse,
le clown s’écroule, sans parade —
et la peine remonte.
Sans mascarade.
Auprès des miens, je me sens flou,
comme un décor qui tourne le dos.
Dans mon propre lit, je suis locataire —
un dormeur sans repère, sans terre.
J’ai le sentiment de n’avoir que les mots,
ces mots qui brûlent juste sous la peau,
des phrases nues, jamais tranquilles,
où je me livre —
fragile, à l’exil.
Il suffit d’un rien pour me briser —
ni cri, ni gifle,
juste l’indifférence,
posée là,
comme une gifle tranquille.
On ne guérit pas d’être seul,
mais parfois, savoir qu’on l’est tous…
ça fait un peu moins mal.