17/07/2026
CONTE : Le Grillon qui mourut devant son trou
Quand le soleil se couchait derrière les grands baobabs et que le vent faisait danser les hautes herbes, les anciens du village de N'Doukou se rassemblaient autour du feu. Les enfants formaient un cercle, les yeux brillants d'impatience, car ils savaient qu'à cette heure-là, les paroles des vieillards devenaient des graines de sagesse.
Le plus âgé d'entre eux, le vieux Soglo, racla doucement sa gorge avant de dire :
— Mes enfants, écoutez bien. Même le grillon, qui connaît chaque pierre de son chemin, peut mourir devant l'entrée de son propre trou.
Il y eut un profond silence.
Autrefois vivait un grillon nommé Kembo. Il était rapide, habile et si fier de son intelligence qu'il se moquait de tous les autres insectes. Il répétait sans cesse :
— Personne ne connaît cette brousse mieux que moi. Ici, je suis chez moi. Rien ne peut m'arriver.
Les fourmis lui conseillaient pourtant de rester prudent.
— Le danger ne prévient jamais, disaient-elles.
Mais Kembo éclatait de rire.
Chaque nuit, il chantait si fort qu'il attirait l'attention de tous les animaux. Les anciens grillons lui demandaient de faire moins de bruit lorsqu'il approchait de son terrier.
— C'est justement près de chez soi que l'on baisse la garde, lui rappelait le plus vieux d'entre eux.
Kembo n'écoutait personne.
Une nuit où la lune brillait comme une calebasse d'argent, il rentra chez lui en chantant plus fort que d'habitude. Persuadé que personne n'oserait l'attaquer devant son propre trou, il s'arrêta même à l'entrée pour se vanter de sa journée.
Mais, tapis dans l'ombre depuis de longues heures, un lézard patient attendait ce moment. Il connaissait l'habitude du grillon. En un éclair, il bondit.
Kembo n'eut même pas le temps de franchir l'entrée de son terrier. Il tomba exactement là où il croyait être le plus en sécurité.
Le lendemain matin, les insectes découvrirent son corps immobile devant son trou.
Le vieux grillon baissa la tête et murmura :
— Ce n'est pas la distance qui tue l'imprudent. C'est l'excès de confiance.
Depuis ce jour, les habitants de la brousse comprirent qu'on ne doit jamais abandonner la vigilance, même lorsque l'on se croit à l'abri.
Et c'est ainsi que les anciens continuent de dire aux jeunes :
« Le grillon meurt souvent à l'entrée de son trou, parce que celui qui croit le danger impossible devant sa propre porte cesse de le voir venir. »
MORALE :
La familiarité avec un lieu, une situation ou une personne ne doit jamais faire oublier la prudence. Bien des malheurs frappent ceux qui pensent que le danger n'atteindra jamais leur propre maison.
✍️ OTHNIEL YERIMA