08/07/2026
Cet homme est un génie.
Il s'agit de Houessè Ayïgbèdékèin Vidéhouénoun, fondateur du système d'instruction en langues nationales, avec pour référence sa langue, le Fongbé. Ce qu'il a fait est valable pour toutes les langues africaines.
Il enseignait les mathématiques, la physique, la chimie, la biologie, la littérature — dans sa propre langue. D'ailleurs, il a académisé le fon, en lui donnant une notoriété de langue de science, de culture, de pensée. Il a mis en place l'unique école qui ait enseigné exclusivement en langue fongbé au Bénin.
Malheureusement, cette école a été fermée, pour des raisons véritablement occultes selon ma perception. Car il y a, chez nous, les uns et les autres qui font comme chez eux — qui préfèrent perpétuer ailleurs ce qu'ils refusent de voir grandir chez nous.
Et pourtant, l'exemple de Houessè pose une question qui dépasse largement son cas personnel : pourquoi l'Afrique continue-t-elle d'enseigner les sciences, la pensée, l'histoire, dans des langues qui ne sont pas les siennes ?
Partout sur le continent, les langues nationales sont reléguées au rang de langues du foyer, de la tradition orale, du folklore — jamais à celui de la science, du droit, ou de la haute pensée. On a fini par croire, sans le dire, qu'une langue africaine ne pouvait pas porter un théorème, une équation chimique, un raisonnement philosophique. Houessè a prouvé le contraire, avec des élèves, une école, des résultats.
Ce qu'il a bâti n'était pas une expérience folklorique. C'était une démonstration : le Fongbé pouvait porter la physique, la chimie, la biologie, la littérature, exactement comme le français, l'anglais ou l'allemand le font pour d'autres peuples. Une langue africaine, quand on lui donne les moyens intellectuels et institutionnels, devient une langue de science au même titre que n'importe quelle autre.
La fermeture de cette école n'est donc pas un simple fait divers administratif. C'est un symptôme. Le symptôme d'un continent qui, plus de soixante ans après les indépendances, continue de penser que le savoir sérieux doit obligatoirement transiter par la langue de l'ancien colonisateur. Le symptôme d'élites qui, consciemment ou non, entretiennent cette dépendance parce qu'elle les arrange.
Or aucun peuple ne s'est jamais développé durablement en pensant dans la langue d'un autre. La science, la technologie, la gouvernance — tout cela doit un jour pouvoir se penser, s'écrire, s'enseigner dans les langues que les enfants africains parlent déjà en arrivant à l'école. C'est une question d'efficacité pédagogique autant que de dignité.
L'héritage de Houessè Ayïgbèdékèin Vidéhouénoun doit survivre à la fermeture de son école. Il doit inspirer chaque pays africain à se poser la même question : que ferions-nous si nous osions enseigner nos sciences dans nos langues ? Le Bénin, à travers cette expérience trop tôt interrompue, a déjà la réponse entre les mains. Il ne manque que la volonté de la reprendre.