27/04/2026
Si vous lisez ce message, sachez que je viens de passer ma 3ème nuit à la prison de Missérété, après la confirmation de mon mandat de dépôt par le juge le vendredi dernier à la CRIET, au terme d’un procès qui a duré plusieurs heures.
J’ai été arrêté par un groupe armé d’agents de la police républicaine le lundi 20 avril, sur la voie du carrefour Legbakon, alors que je venais de quitter chez des amis et que je rentrais tranquillement à mon domicile à Maria Gléta.
Ce jour-là, rien ne laissait présager ce qui allait suivre.
J’étais sorti comme n’importe quel jeune, sans inquiétude, avec l’esprit occupé par mes projets, mes ambitions, et surtout cette envie constante de réussir honnêtement.
Depuis 9 ans que je suis à Cotonou, j’ai toujours refusé les chemins faciles et surtout les chemins faciles mais illégaux de gagner de l'argent.
J’ai toujours dit non à la cybercriminalité, d'abord non seulement à cause de l’éducation que j’ai reçue, mais aussi à cause des valeurs que je défends et de la personne que je veux être.
Mais la réalité est parfois plus complexe.
Plus je voyais mes proches réussir rapidement sans faire autant d'efforts que moi en accumulant de l’argent et en changeant de niveau de vie du jour au lendemain, plus ça finit par créer une pression silencieuse en moi.
Mes amis n’ont pas cessé de me dire :
“Essaie juste un moment le temps de gagner rapidement ce qu’il te faut pour lancer tes projets et tu arrêtes.”
Au début, j’ai résisté.
Longtemps. Puis j’ai commencé à hésiter.
Et un jour, j’ai fini par céder de faire l'arnaque.
Pas par conviction, mais par fatigue de lutter, par envie d’avancer, même si le chemin n’était pas le bon.
L’un de mes amis m’a demandé de trouver 20 000 francs pour réunir le nécessaire pour commencer.
J’ai accepté.
Le lundi 20 avril, je me suis rendu à leur domicile à Houéto pour apprendre.
Là-bas, ils ont installé sur mon téléphone plusieurs applications dites “de travail” et m’ont expliqué comment tout fonctionnait.
J’écoutais, j’observais mais au fond de moi, quelque chose n’était pas en paix.
Après cette initiation, je devais simplement rentrer chez moi, mettre mon téléphone en charge, et commencer par travaille r. C’était tout.
Mais je n’ai jamais eu le temps de commencer.
Sur le chemin du retour, au niveau du carrefour Legbakon, j’ai été intercepté par des agents de la police républicaine.
Comme si tout était programmé et que la police m'attendait impatiemment.
Ça fait 05 ans que j'habite dans la zone et que je passe par la même voie tous les jours et je n'avais jamais fait objet d'un quelconque contrôle policier mais ce jour là seulement, la police devait m'intercepter.
Une arrestation soudaine. Directe.
Sans discussion préalable.
Ils m’ont demandé mes téléphones parcequ'ils disaient que je faisais objet d'une procédure d'enquête. J’ai obéi.
En quelques minutes, tout a basculé.
Les applications installées quelques instants plus tôt ont suffi à me classer immédiatement comme cybercriminel.
J’ai essayé d’expliquer.
J’ai parlé.
J’ai insisté.
Je leur ai dit que je venais à peine de télécharger ces applications, que je n’avais encore rien fait, que je n’avais jamais reçu ne serait-ce que 1 000 franc de manière illégale.
Mais mes mots ne pesaient rien face à ce qu’ils voyaient sur mon téléphone.
Le verdict était déjà dans leurs regards.
“On vient de découvrir sur votre téléphone des applications suspectes couramment utilisées par les cybercriminels. Vous devez répondre de vos actes.”
À partir de cet instant, je n’étais plus un jeune hésitant qui venait de faire une erreur.
J’étais devenu un suspect.
La suite a été une succession d’événements rapides :
interrogatoires, procédures, garde à vue, puis le transfert.
Et aujourd’hui, me voilà ici.
Dans cette cellule, avec le temps pour réfléchir.
Réfléchir à ce moment précis où j’ai dit oui alors que j’aurais dû continuer à dire non.
Réfléchir aux conséquences d’une seule décision prise sous pression.
Réfléchir à cette ligne fine entre l’intégrité et la facilité.
Ce que je vis aujourd’hui n’est pas seulement une histoire d’arrestation.
C’est l’histoire d’un choix.
Un choix que beaucoup de jeunes font, parfois sans mesurer le prix réel.
Parce que la vérité, c’est que tout commence souvent comme ça :
une proposition,
une hésitation,
une petite concession
Et ensuite, tout peut basculer.
Moi qui avait tout fait pour résister à cette pratique toutes ses années pour la même raison : Je ne veux pas aller en prison.
Mais me voici ici aujourd'hui en prison dans cette répugnante cellule parceque je me suis laissé allé par les mauvais conseils de la mauvaise compagnie.
Dans les lignes qui suivront, je partagerai avec vous quelques extraits de notre audience au tribunal afin de faire passer un message important à des gens comme moi qui tiennent bon longtemps mais qui finissent par se laisser voir à la fin.
Merci beaucoup à vous et que Dieu vous bénisse.
Edison Armelle.
Cc Ayenan Adissolag Austin