15/03/2026
Voici un retour très touchant d'Andréa sur le bien-être que le clown apporte aussi aux proches-aidants.
" Il y a quelques minutes dans l’année où mon papa n’a plus Alzheimer.
Ces minutes commencent toujours quand un clown passe la porte.
C'est L'Effet Clown
Le clown Chouchou est déjà venu plusieurs fois rendre visite à mon papa atteint d’Alzheimer et chaque fois, cette visite inattendue nous remplit le cœur de joie.
Souvent en évoquant cette maladie on parle de la mort blanche, la personne est toujours là, sans vraiment y être, se transformant peu à peu en une enveloppe charnelle que la réflexion, le langage et les émotions quittent peu à peu.
C’est là toute la magie du clown, lorsqu’il arrive, papa retrouve un regain d’énergie, se lève, parle, sourit, rit, l’interpelle et fait même un trait d’humour qui nous arrache une larme.
Dans mon fauteuil je suis spectatrice émerveillée de cette résurrection momentanée qui fait un bien fou. Voir tout à coup mon papa sortir de son état de malade, enfermé dans sa solitude et parfois si taiseux, bondir de son fauteuil et retrouver un allant que je n’arrive plus à susciter malgré toutes mes tentatives, c’est un vrai cadeau.
Avec Chouchou, il y a un lien qui va le chercher loin, très loin, lors d’une fête foraine où enfant, il a vu devant ses yeux émerveillés surgir un clown. Lorsque Chouchou passe la porte, il n’a plus 87 ans, il est ce petit garçon qui s’illumine, qui complimente le clown sur son costume, qui lui dit « O il est beau, il est splendide, tu rajeunis ! » alors qu’en fait c’est lui qui rajeunit et qui tout à coup fait s’envoler 80 années de vie pour ne nous laisser à voir que le petit garçon de 7 ans avec un grand cœur d’enfant.
Ma marraine qui accompagne papa tout comme moi dans ce chemin profite du spectacle que sont ces échanges qui n’existent pas ou peu dans son quotidien. Elle a la plus mauvaise part, celle où l’on répète dix fois, trente fois les mêmes choses, celle du portefeuille introuvable, celle des disparitions en pleine nuit, celle des colères qu’il ne contrôle plus, celle du silence qui se fait chaque jour plus long. Tout comme elle je suis spectatrice de ces interactions empreinte de douceur de tendresse, de rires et de plein d’émotions.
Être aidant c’est fatiguant, demande énormément d’énergie et face à Alzheimer que dire du sentiment profond d’impuissance. Alors Chouchou, son immense pantalon, son tout petit chapeau et sa présence irradiante de douceur c’est un moment cadeau. C’est une parenthèse enchantée, c’est en prendre plein le cœur, c’est souffler, c’est rire, verser une petite larme de douceur et de tendresse, c’est profiter aussi de ce moment de paix. Marraine et moi, nous mettons Alzheimer au placard, autour de papa et de Chouchou nous retrouvons le parfum de nos retrouvailles quand tout allait bien, c’est une nostalgie douce et apaisante.
Le clown ne fait pas que du bien à celui qu’il visite, il faut aussi grand bien à ceux qui l’entourent, qui fatiguent parfois et ont aussi besoin qu’un rayon de soleil viennent illuminer leur journée et les prennent par le cœur pour un moment de pause bien mérité. C’est un moment où ils peuvent, poser leur fardeau pour eux aussi se laisser consoler, écouter, emporter par cette façon toute particulière qu’à le clown d’être à l’autre en milieu de soins.
Merci à Frédéric Thys pour ces instants magiques et de nous avoir rendu le temps de sa visite, papa tel qu’il était autrefois."
Photos : Andréa Cornez